Président du Conseil Général d'Ille-et-Vilaine
  • Etre de ceux qui veulent voir (re)fleurir la rose pourpre du « Care »

    Au delà du jeu de mot, pourquoi Martine Aubry a raison de remettre au coeur de nos choix, à la racine de nos convictions, l'attention aux autres et la responsabilité de chacun vis à vis de la communauté....

    C’est le sens de l’histoire. Le capitalisme outrancier, la logique du toujours plus, la valeur travail rendue à sa plus simple mesure, l’égoïsme et au final l’individualisme méthodologique sont en fin de vie. Fin de règne devrais-je dire tant ces non-valeurs ont été érigés comme des présupposés lois normatives inéluctables. Les dominants ont hypostasié dans leur propre intérêt le libéralisme économique au point qu’aujourd’hui les classes moyennes et populaires ont accepté cette organisation sociétale comme un état de la nature. Aujourd’hui, la raison du plus riche est toujours la meilleure.

    Je me réjouis donc de l’annonce fait par Martine Aubry d’ériger la théorie du « care » comme fondement du renouvellement, de reconstruction et d’orientation politique prise par le Parti socialiste. D’autant plus, que sous d’autres termes, je faisais déjà références à ces mêmes principes dès septembre 2009. J’y reviendrai.
     
    L’esprit du care s’est considéré que nous sommes tous fondamentalement vulnérables. En ce sens, nous sommes tous d’une manière ou d’une autre dépendant d’autrui, non pas comme certaines mauvaises langues se plaisent à le définir, mais au sens ou nous ne pouvons nous suffire à nous même et que nous dépendons volontairement ou involontairement, consciemment ou inconsciemment, des autres, de leur disponibilité, de leur soin, ou encore de leur travail pour la satisfaction de nos différents besoins (physiologiques, émotionnels….).
    Ainsi le care renvoie à une gamme plus étendue de relations complexes susceptibles d’engager une multitude d’acteurs sociaux individuels ou collectifs. La théorie du care dans ses fondements se rapproche ainsi de la notion d’amae, qui est le socle de la société japonaise. Celle-ci est en effet au cœur de leur culture et de la société japonaise, selon laquelle les notions de courtoisie, loyauté, fidélités, amitiés déterminent les relations socio-économiques. Ces principes se retrouvent d’ailleurs dans leurs politiques publiques et dans le fonctionnement même de leurs entreprises. S’inspirer de ces pratiques me semble opportun dans une époque où le règne du toujours plus et de l’argent roi sont enfin remis en cause.
      
             Depuis plus de deux ans, la crise a révélé à l’ensemble des citoyens la face cachée du capitalisme.
    Certes rien de nouveau, mais en quelques mois les excès de cupidité des banques ont ébranlé un système qui boitait depuis bien longtemps. Les prises de risques inconsidérés des traders associées à un système bancaire rongés par les produits toxiques que la titrisation n’a fait qu’amplifier sont l’apogée d’un système et d’un mode de fonctionnement qu’il faut abolir. Réformer le système est une bonne chose (par exemple, il est à mon avis essentiel aujourd’hui de dissocier les banques commerciales, qui financent l’économie « réelles » des banques d’affaires afin entre autre de limiter la propagation des crises spéculatives[1][1]) mais changer les manières de faire et notre relation aux autres sont essentielles. C’est pourquoi dès 2009, je déclarais qu’il fallait impérativement changer notre rapport aux autres et aux institutions et que notre futur projet stratégique serait imprégné de cette volonté. D’ailleurs, voici quelques extraits de ce que j’ai pu déclarer :
     
    "C’est là l’idéal qui est le nôtre, l’idéal d’une société où l’individu est la mesure de toutes choses, une société de progrès où chacun est acteur de sa propre émancipation et de son propre développement. Cet idéal n’est pas une exigence excessive"
     
     « Nous allons ensemble, avec tous nos partenaires, travailler à la mise en œuvre d’un nouveau contrat social départemental fondé sur une nouvelle citoyenneté, la restauration, chez chacun, du sentiment d’être le porteur d’une partie de la responsabilité du devenir de la communauté. »
     
    En faisant le pari du « care », Martine Aubry ne propose pas seulement une vision politique ambitieuse mais revient aussi aux fondements même de l’idéologie du parti tout en s’inscrivant dans une logique moderne et progressiste. En s’éloignant enfin de l’utilitarisme néolibéral Martine Aubry se réapproprie les textes originaux de Polanyi à Mauss en passant par Marx lorsque ce dernier exprime son désir de justice social. En ces termes Polanyi mettait déjà en garde contre le libéralisme à outrance : « Notre thèse est que l’idée d’un marché s’ajustant lui-même était purement utopique. Une telle institution ne pouvait exister de façon suivie sans anéantir la substance humaine et naturelle de la société, sans détruire l’homme et sans transformer son milieu en désert. »
     
     
             Repenser un projet commun, voilà l’ambition du care. Ce n’est pas comme certain voudrait le laisser croire une vision passéiste ou comme je l’ai entendu une société d’assistanat. Bien au contraire ! La société du care c’est redonner à chacun sa place au sein de la société, c’est proposer un véritable contrat social ou chacun s’intéresse au sort de son voisin, de ses parents, de ses enfants, de la collectivité. C’est aussi ériger l’altruisme, la réciprocité, l’empathie comme les valeurs de bases de toutes relations. Pour aller encore plus, loin, la société du care c’est concevoir une société dans laquelle on peut imaginer imposer un revenu de subsistance décent et un plafond de rémunération pour les plus hauts revenus. L’enjeu est de taille et il suppose que chacun puisse changer son référentiel de valeur et de ne pas accepter la fatalité. Cela passe par des remises en cause de nos propres habitudes, et de nos propres croyances.
    Fondamentalement nos politiques sont empreintes de cet esprit. Mais il nous faut encore insister et aller plus loin dans nos politiques pour favoriser toujours plus l’émergence de ces relations sociales. Chacun se doit d’être responsable et respectueux vis-à-vis des autres, mais aussi des institutions. Redonner un sens au mot citoyen et à la notion de citoyenneté, voilà l’enjeu fort de notre prochain projet stratégique. Chaque projet devra intégrer ces notions qui placent l’individu au cœur d’un dispositif collectif. Ainsi comme l’écrivais Goethe « Au fond, nous sommes tous des êtres collectifs. Tous nous devons recevoir et apprendre autant de ceux qui étaient avant nous que de nos contemporains »

    [1][1] C’est la thèse défendue entre autre par André Orléans.
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édito par Jean-Louis Tourenne

 

J'ai souvent dit à quel point il me semblait inquiétant de voir se développer au sommet de l'Etat les pires des pratiques: un culte de l'argent immodéré, des liens inquiétants avec les puissants, les importants, une politique au service de ces derniers, au service des privilèges et au détriment des plus faibles.
Il se dit beaucoup de choses sur Eric Woerth, Liliane Bettancourt, sur "les enveloppes" qui auraient circulé de main en main. L'opacité encore, l'opacité toujours. Un scandale au sein d’un gouvernement, c’est déjà très inquiétant mais objectivement peu y ont échappé. Mais là l’heure est grave car ils se multiplient, s’ajoutent les uns aux autres, au point presque que l’un chasse l’autre.
Il se développe un climat nauséabond qui empêche que ne se tiennent les vrais débats, qui intéressent l'avenir des francais, comme celui sur la réforme des retraites....Mais peut être cela les arrangent-ils finalement
Beaucoup de bruit, en somme, et je n'en rajouterai pas.
Mais qui ne serait pas choqué d'entendre, aujourd'hui, Christian Estrosi comparer les interrogations légitimes adressées à Eric Woerth, dont les situations de conflit d'intêret sont évidentes, avec les campagnes menées contre Roger Salengro, ministre du Front populaire, et Pierre Beregovoy. Ces deux personnalités, que tous savaient intègres, et dont tous reconnaissaient le respect élevé qu'ils avaient pour la politique, et qui ont choisi de mettre fin à leur vie. M.Estrosi ajoute que ceux qui voudraient que la justice fasse son travail sont des personnes "assoifées de sang". Cela revient à comparer nos médias  aux journalistes de la revue nationaliste et antisémite Gringoire qui avaient poussé, en 1936, Roger Salengro à commettre l'irréparable. Le propos est grossier, le trait outrancier.
Nous vivons une crise. Une crise économique, sociale mais également institutionnelle et de plus en plus morale. Et les propos de M.Estrosi n'honorent ni la république ni ceux qui s'en disent les représentants, au plus au sommet de l'Etat.

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