9 décembre : journée nationale de la laïcité
Depuis 1905, la loi a instauré la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ce dernier manifestant sa volonté de neutralité religieuse sans pour autant se défaire de ses responsabilités républicaines. Car dans bien des esprits encore, la laïcité n’est que trop assimilée à une idéologie anti-religieuse, alors qu’elle est sa plus directe opposée : la liberté de tout un chacun d’avoir et d’exprimer ses opinions religieuses, aussi diverses soient-elles, dans le respect de celles d’autrui. C’est en ce sens que la laïcité est l’expression première du contrat social qui nous lie les uns aux autres, dans une société du « bien vivre ensemble ». A l’initiative du Grand Orient de France, le 9 décembre est la journée nationale de la laïcité.
Depuis quelques années maintenant, la laïcité est victime d’une récupération cosmétique et d’une instrumentalisation facile, comme bon nombre d’objets de droit et de pensée le sont. Ces multiples égarements politiques ont, en outre, comme le souligne la philosophe Catherine Kintzler, offert la laïcité comme un cadeau inespéré à Marine Le Pen. Car en étant détournée de ce qu’elle est originellement, à savoir une pratique spirituelle des hommes libres, dont aucune forme n’est bonne ni mauvaise, elle devient victime de dérives dangereuses. Soit ces dérives diluent la laïcité dans des arrangements politiques et ré-injectent de l’opinion religieuse dans la sphère publique. Soit elles durcissent l’espace civil et rejettent la moindre expression d’opinion religieuse. Sur ce dernier point, il n’a pas encore été demandé de faire taire les cloches mais tout de même, Monsieur Guéant ne cache pas sa volonté de vouloir astreindre les usagers des services publics à l’abstention de tout signe religieux ! Derrière cet extrémisme laïc, ce n’est pas l’idéologie antireligieuse qui triomphe mais bien plus spécifiquement l’idéologie antimusulmane. Elle va de pair avec l’apologie du discours de la peur, avec lequel Nicolas Sarkozy a renoué à Toulon la semaine dernière.
Quoi qu’ils s’en défendent, certains ont donc bien du mal à dissimuler leur volonté sourde de revenir sur les contours de la loi de 1905. La tentation ne date pas d’hier. Le chef de l’État n’a-t-il pas affiché en 2007 « la supériorité du curé sur l’instituteur »? Et plus récemment, le discours de Vézelay sur les origines chrétiennes de la France n’a fait qu’enfoncer le clou.
Malmené est donc cet idéal de laïcité qui représente pourtant bien, me semble-t-il, cet espace au sein duquel doivent se déployer des dialogues constructifs fondés sur les valeurs de la République : la liberté, pour le libre arbitre de chacun, l’égalité, pour la valorisation de chaque individu, et la fraternité, pour la cohésion sociale entre les Hommes. La laïcité, c’est l’appréhension du monde et de ses opinions, dans le respect et la tolérance, et non pas dans un communautarisme exacerbé. Ainsi, elle est le fondement même de la liberté de conscience et de fait, de la République et de la démocratie.
Nous avions annoncé, dans notre programme, la création d’un Centre départemental d’Etude et de Promotion de la Laïcité. Et nous tiendrons nos engagements, comme nous l’avons toujours fait. Mais nous prendrons le temps nécessaire pour consulter largement l’ensemble des acteurs du département d’Ille-et-Vilaine afin de co-construire cet espace d’échange et de tolérance, ouvert à tous, riche de conférences, de débats et de veille du respect de la laïcité sur tout notre territoire. Quoi qu’il en soit, la laïcité telle que nous la défendrons s’affranchira des carcans de pensée manipulateurs et partisans car elle ne rentre, par essence, dans aucun cadre. Elle est l’expression même de l’ouverture au monde et de l’ouverture aux autres.