La gauche au travail … pour offrir à chacun les moyens d’accorder sa vie à ses idéaux


J’ai vu au cinéma dernièrement le film Les lendemains – qui décrit le moment charnière où deux amies quittent l’enfance, sont propulsées, plus rapidement et plus violemment qu’elles ne s’y attendaient dans les préoccupations économiques et dans la crise. Arpentant les rues de Rennes (le film a été tourné en Ille-et-Vilaine), Audrey, le bac en poche, quitte le cocon familial. Elle quitte aussi sa meilleure amie qui a raté l’examen, se retrouvant caissière et enceinte. A la fac, elle découvre la sociologie, le militantisme politique, la vie en colocation. Dans ce film, les touches sont parfois justes et cruelles, mais parfois aussi un peu caricaturales, avec quelques passages ratés.

Ce qui me reste en tête, ce qui me fait encore une fois m’interroger, c’est l’expérience du déterminisme social auquel Audrey est confrontée. Bien que là encore, les scènes soient très prévisibles parce que tout est amené comme dans un miroir grossissant, les clivages de classe se ressentent toujours à un moment donné, dans notre confrontation à l’autre et dans la vie en société. Issue d’un milieu très modeste (son père vient d’être licencié), Audrey cohabite avec une militante d’extrême gauche issue d’un milieu très favorisé (ce sont ses parents qui sont propriétaires de la colocation). Pour cette dernière, c’est plus facile d’accorder sa vie à ses valeurs quand on en a les moyens !

Je sais que les politiques doivent être vigilants quand ils veulent s’adresser aux plus nombreux de nos concitoyens. Notre responsabilité, c’est le développement des territoires dans la justice, c’est mettre en œuvre une action publique au service de plus d’égalité des chances et de solidarité, pour que tout un chacun ait les mêmes opportunités de s’épanouir et d’exprimer ses talents. Tout en impliquant les usagers-citoyens de nos services dans nos démarches, tout en les responsabilisant, en les sensibilisant à l’intérêt général et au rôle individuel et collectif de chacun d’entre nous pour le bien-vivre ensemble, nous ne devons pas nous inscrire dans une démarche moralisatrice. Nous ne sommes pas des donneurs de leçons mais bien ceux à qui les habitants ont donné leur confiance pour gouverner, et nous devons avoir en tête qu’en cette période de crise, pour beaucoup de nos concitoyens, il n’est pas toujours aisé, au quotidien, de s’appliquer à soi-même ses principes.

Et j’imagine là le tiraillement qui les habite. Tout le monde s’accorde à dire que les vêtements made in France sont plus éthiques et plus respectueux de l’environnement que les vêtements made in China, mais que peut s’acheter réellement celui qui touche le RSA ? Tout le monde trouve que les achats de produits locaux, en circuits courts, ou que de produits bio est une bonne chose. Mais comme ils sont plus onéreux, qui sont ceux qui pourront les consommer ? Pour les plus fragiles de nos concitoyens, les préoccupations sont plus triviales, guidées par un calcul à l’euro près. Ce qui m’indigne.

Je sais que le Galleco – la monnaie solidaire que nous nous apprêtons à expérimenter sur trois territoires d’Ille-et-Vilaine – est un  projet populaire. L’économie sociale et solidaire intéresse nos habitants, conscients qu’un nouveau modèle de développement plus respectueux de l’environnement est une urgence pour notre société. Mais je sais aussi que ceux pour qui le quotidien est un parcours du combattant ne s’en saisiront peut-être pas, pour toutes les raisons que j’ai abordées. Alors oui, effectivement, je me dis que c’est plus facile d’accorder sa vie à ses valeurs quand on en a les moyens …

Ces moyens sont à entendre au sens économique mais aussi scolaire, culturel et humain, bien qu’ils soient tous liés les uns aux autres. En ce sens, je sais aussi que lorsque nous développons – élus locaux et collectivités territoriales – notre communication numérique, les démarches en ligne, le partage d’informations via les réseaux sociaux, nous nous adressons encore à ceux qui connaissent les rouages de ces nouveaux médiums, ceux qui s’en saisissent, qui ont été formés pour. Pour autant, nous continuons de travailler pour démocratiser toujours davantage l’accès aux services. Notre investissement dans le projet de très haut débit pour tous, notre politique éducative d’informatique dans les collèges, visent aussi bien à réduire la fracture numérique entre les territoires, qu’à offrir à tous les jeunes les moyens de se saisir des nouvelles technologies. Aussi nous préparons nous à une refonte globale du site internet de notre collectivité pour que ce dernier soit moins opaque, plus lisible, plus simple et plus pratique à utiliser (entrées par publics et par territoire) pour tous et par chacun.

Enfin, je me dis que c’est bien parce que c’est plus facile d’accorder sa vie à ses valeurs quand on en a les moyens que la frustration (subie) entre aspirations et réalités peut s’avérer pour certains extrêmement violente. Aujourd’hui plus que jamais, parce que la précarisation de nombreuses familles continue de s’accentuer en cette période de crise, c’est bien le projet de la gauche qui allie le redressement et la réduction des inégalités les plus criantes. On ne peut pas construire une société sur l’argent et le profit, en soutenant que l’enrichissement toujours croissant des plus riches profitera à tous. C’est faux. Il continuera de creuser les inégalités, les privations insupportables et de nourrir des élans de violence dangereux. Le changement de modèle économique et industriel, mais aussi social et démocratique, que la gauche au pouvoir initie en ce moment même ne se fera pas en quelques semaines.

Nous sommes au travail pour que chaque jour un peu plus, chacun ait les moyens de pouvoir accorder sa vie à ses principes, à ses valeurs et à ses idéaux.

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