A propos de l'Europe...
Ainsi donc seraient dorénavant renvoyés au rang des germanophobes ceux qui contestent la stratégie allemande dans l’Union et manifesteraient leurs désaccords avec les positions de la chancelière Merkel. Au fond, cette assertion n’est pas nouvelle : depuis des années, celui qui s’oppose à la construction néolibérale de l’Union est systématiquement assimilé au camp des nationalistes accrochés à leurs vieilles patries … Cette dialectique, aussi simpliste soit-elle, s’est imposée comme seul objet de clivage, elle a réduit le débat dans l’Union à son plus petit dénominateur commun : pour ou contre l’Europe ? Et, à force de vider de sa substance la souveraineté des peuples, la démocratie, cette logique prophétique s’exécute et l’Europe, formidable projet d’humanisme, se dérobe sous nos pieds, tel un nouveau colosse aux pieds d’argiles …
Ni germanophobes, ni francophobes, puisque nous sommes opposés à la politique de Sarkozy, les socialistes européens peuvent défendre une autre vision de l’Europe.
Des propositions alternatives à la règle d’or et à l’austérité
Expliquer d’abord que les appels sans discernement à la « discipline budgétaire » menacent de basculer l’Union Européenne dans une récession économique profonde aux conséquences sociales majeures. L’austérité tue, en effet, la croissance et les recettes fiscales qu’elle engendre. Les déficits se creusent et appellent de nouvelles mesures d’austérité. Ce cycle vicieux n’est pas nouveau et il se déploie sous nos yeux, en France, où le gouvernement décide de nouveaux plans de rigueur à mesure qu’il révise les perspectives de croissance de la nation.
Remettre l’économie à l’endroit doit d’abord signifier que l’on désacralise les modes d’intervention économique. L’histoire économique contemporaine nous enseigne l’impératif des politiques contra cycliques qui exigent que nous remboursions la dette en période de croissance et que les pouvoirs publics relancent l’économie en période de crise. A cet égard, inscrire, dans le marbre des constitutions, l’impératif du retour à l’équilibre tout comme l’objectif d’un déficit maîtrisé à 3 % en 2013 apparaissent non seulement dangereux mais mensongers. Entendu que la valeur d’un point de croissance se situe autour de 20 milliard de PIB et de 9 milliards de recettes fiscales (en moins), et dans un contexte de croissance quasi nulle, de tels objectifs ne pourraient être atteints demain sans mettre en péril toute forme de régulation publique, économique et sociale.
Contre ses écrans de fumée, les socialistes proposent de distinguer «le bon grain de l’ivraie » en séparant les dettes de fonctionnement des politiques d’investissements. La dette improductive, celle des budgets de fonctionnement, doit être combattue autant que l’abondante épargne disponible, notamment en France, doit pouvoir être drainée vers les investissements nécessaires aux mutations écologiques et industrielles que nous appelons. Ces règles ne sont rien d’autre que celles appliquées aux collectivités territoriales : nous demandons aux Etats d’y souscrire progressivement.
Enfin, les socialistes européens doivent opposer aux seuls intérêts de court terme de l’Allemagne de Merkel, la nécessité d’une mutualisation des forces de la zone euro. Le dogme d’une BCE indépendante n’est qu’une protection de façade de l’économie allemande tant cette dernière est dépendante de la bonne santé du marché intérieur européen (75 % des exportations allemandes le sont dans cette zone). Aussi, il faut engager un bras de fer qui oppose aux seules politiques d’austérité, les autres politiques possibles que sont, notamment, la possibilité pour la BCE d’acheter la dette des états (sur le marché primaire) et d’émettre des euro-obligations qui financent un authentique budget communautaire, instrument nécessaire à qui veut empêcher les stratégies de dumping fiscal et social.
Un projet alternatif nécessaire pour la démocratie et impératif pour la survie du projet européen
L’Europe se menace de ne pas être démocratique. L’histoire du référendum proposé en Grèce en est la plus triste illustration : scandale que les peuples décident ! Et, in fine, Papandréou obligé de renoncer et d’abdiquer aux injonctions d’un gouvernement européen sans mandat.
L’Europe se meurt lorsqu’elle devient un projet politique autoritaire. Le projet de règle d’or européenne est bien plus qu’une orientation économique contestable : il est une privation du droit des peuples à décider de leurs politiques économiques, dans les pays membres et pour l’Union Européenne.
L’Europe ne sera plus si la droite européenne, majoritaire dans l’Union, impose aux peuples européens l’austérité comme horizon indépassable ….
Les progressistes ont une responsabilité immense. La politique a horreur du vide et, faute de réponse européenne, d’aucuns nationalistes partisans de la guerre civile se déploieront dans tous les états membres de l’Union. Chacun peut d’ores et déjà mesurer la progression de ces discours partout sur le continent européen.
L’heure doit être donc, plus que jamais, celle des clivages, des oppositions, des confrontations propres au modèle démocratique. Les prochains scrutins, en France (2012) et en Allemagne (2013), peuvent être les étapes décisives du renouvellement européen, d’une alternative à l’austérité. Nous nous y engageons de toutes nos forces.