C’est par ces lignes qu’un journaliste américain, John Carey du Sunday Times commentait le livre de Richard Wilkinson et Kate Pickett: « This is a book with a big idea, big enough to change political thinking, and bigger than its authors at first intended[1]”. Rien que ça ! Intitulé “The Spirit Level: Why More Equal Societies Almost Always Do Better” et publié en mars 2009, les auteurs démontraient – enfin ! – scientifiquement qu’il existe une corrélation forte ente inégalités de revenus et problèmes médicaux sociaux. Autant dire, une vraie révolution. Cette étude reprise récemment dans une méta-analyse[2] (compilation de 28 études couvrant 60 millions de personnes) a permis de consolider et de rendre cohérent de manière significative les différents résultats observés (une synthèse est disponible ici). Ainsi les chiffres sont éloquents : au total ce seraient près d’1.4 Millions de personnes qui mouraient chaque année du fait de l’existence d’inégalités.
Grâce à leur méta-analyse, les chercheurs ont ainsi pu quantifier et classer les pays d’après leurs inégalités de revenus et les problèmes médicaux sociaux qui en découlent. A ce titre, l’étude la plus parlante reste sans nul doute celle de Wilkinson et Pickett. En traitant chaque problème sociaux un par un et en leur consacrant un chapitre chacun, ils démontrent, données et graphiques à l’appui, l’évidence de manière incontestable : plus les écarts de revenus entre les plus riches et les plus pauvres sont grands, plus le nombre de problèmes sociaux et psycho-sociaux est élevé. Par exemple les auteurs démontrent qu’il y a des liens significatifs entre l’abus d’alcool et de médicaments, l’obésité, le nombre de filles- mères ou encore le taux d’homicide, (et bien d’autres encore) et le niveau des inégalités. Démonstration remarquable.
Le comble de ces inégalités, c’est qu’elle ne touche pas seulement les pauvres mais toutes les strates sociales de la société. Ainsi les auteurs démontrent que le taux de maladies mentales dans la population est 5 fois plus élevé dans les sociétés inégalitaires que dans celles qui le sont moins. Ainsi quel que soit le niveau de richesse, le simple fait d'une trop forte inégalité dégrade la santé publique de toutes les strates sociales. Cette approche, dite « contextuelle » est lourde de sens. L'explication contextuelle soutien que l'inégalité est en soi un facteur de division et de corrosion sociale. Ce que nous savons maintenant de l'importance sur la santé des facteurs psychologiques -incluant le statut social, l'amitié, le capital social, le sens du contrôle de sa vie- rendent les explications contextuelles extrêmement pertinentes. A contrario, pour les sociétés dans lesquels les inégalités sont les plus faibles les auteurs observent que les niveaux de stress sont faibles et que le niveau de confiance entre les individus est élevé favorisant ainsi la coopération et la solidarité entre les individus.
Ces résultats ne me surprennent guère et ont le mérite d’enfin apporter un crédit scientifique à ce qui fonde l’essence de mon engagement politique : réduire les inégalités et apporter à chacun le bien être et le bien vivre qu’il mérite. Malheureusement, la tendance qui se dessine depuis quelques années en France ne va pas vers une réduction des inégalités. Pire celles-ci s’accroissent inexorablement. Déjà l’économiste Camille Landais en 2007 avait souligné que « plus on était riche, plus on s’enrichissait » et il y a peu l’observatoire des inégalités titrait même que les inégalités étaient en hausse. Ainsi entre 1997 et 2007 l’écart entre le niveau de vie moyen des 5% de la population les mieux rémunérés et les 10% les moins rémunérés (calculé en euro constant) est passé de 34 884€ à 43 080€ soit une augmentation nominale de 8200€ !
Vous ne m’empêcherez pas de penser que l’impôt reste le meilleur moyen de réduire les inégalités surtout lorsque celui-ci est « réellement » progressif. Il est le meilleur moyen de fournir à tous un niveau et une qualité de service équivalent quelque soit nos origines sociales. Il est à ce titre étrange que les pays qui souffre le moins des inégalités soient ceux qui ont les taux d’imposition implicites les plus élevés en Europe.
[1] « C’est un livre avec une grande idée, assez grande pour changer la pensée politique, et bien plus grande que ce que les auteurs pouvait imaginer au départ»
[2] Une méta-analyse consiste à rassembler les données issues d'études comparables et à les réanalyser au moyen d'outils statistiques adéquats. Elle regroupe les études pertinentes qui essaient de répondre à une question précise de manière critique et quantitative.
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