La répression aveugle et stupide n'ont conduit, depuis 8 ans, qu'à l'augmentation de la violence et des agressions
La démagogie et le populisme ne résistent pas longtemps à la force de l’analyse lorsque celle-ci est faite de manière rigoureuse. Le travail de Matthieu Ichou est à ce titre remarquable. Il vient tordre le cou à la doxa populiste selon laquelle les familles populaires seraient moins impliquées dans la scolarité de leurs enfants et qu’un rapprochement entre la famille et l’école serait un gage d’efficacité. Au moment où le gouvernement se répand dans des mesures plus démagogiques les unes que les autres, le travail de M. Ichou vient mettre en perspective la volonté du Président de supprimer les allocations familiales aux « parents démissionnaires ». Hormis le fait que supprimer les allocations pénaliserait fortement et principalement les classes populaires, l’idée que ce principe puisse favoriser une « prise de conscience » est complètement fausse.
Afin de mener rigoureusement son travail de recherche sociologique M. Ichou s’est ainsi posé trois questions intimement liées : Quel est le niveau d’implication des parents dans la scolarité de leurs enfants dans les quartiers populaires ? Quels sont les déterminants sociaux et les effets scolaires de cette implication ? Quelles significations sont associées, pour les familles d’élèves de ZEP, à l’implication dans la scolarité et à l’institution scolaire en général ? Je ne m’étendrai pas sur la méthodologie employée (le rapport complet est disponible sur le site de la CAF), et préfère m’attarder sur ces résultats qui montrent une nouvelle fois combien il est nécessaire d’avoir un regard approfondi afin de ne pas tomber dans le lieu commun.
En déconstruisant le mythe de la démission parentale dans les quartiers populaires, Matthieu Ichou dresse un constat sévère à tous ceux qui s’érigent comme vertueux et donneurs de leçon. Ce mythe fondé sur des croyances en une indifférence parentale, notamment chez les familles populaires (et qui bien souvent stigmatise les français d’origine étrangère), ne correspond pas à la réalité sociale.
De son enquête, l’auteur retire principaux résultats :
- le rapprochement entre école et famille sous la forme de réunions collectives, de rencontres parents / professeurs n’ont pas vraiment d’effet sur la réussite scolaire
- A contrario, les aspirations scolaires parentales jouent un rôle important dans les familles populaires et dans les familles immigrées. Cette forme d’implication difficilement mesurable n’est pas prise en compte ni dans les discours ni par les décideurs.
Pas les mêmes chances, à diplôme égal, de trouver des emplois aussi gratifiants
Toutefois l’auteur se pose de réelles question quant à l’avenir des jeunes issus des quartiers populaire lorsqu’ils seront confrontés au marché du travail alors même qu’ils faisaient partie de ceux ayant réussi. En effet, les décalages suscités entre le parcours effectif et les attentes et les espoirs déçus suscitent des frustrations, de la violence symbolique et couplés avec des discriminations sociales ou raciales. Cette situation pouvant conduire à de la violence physique. Cette recherche ouvre des pistes pour construire des politiques éducatives novatrices dans les quartiers populaires
Matthieu Ichou conclut par ailleurs fort justement qu’une politique d’éducation ne pourra se concevoir indépendamment des politiques économiques qui permettraient de satisfaire aux aspirations des jeunes issus des quartiers populaires. Dans une période où le gouvernement tente de restreindre les marges de manœuvres des collectivités locales tant d’un point de vue financier qu’en termes de compétences, M. Ichou a bon ton de rappeler qu’une politique publique fusse-t-elle sociale n’a de sens que si elle est transversale.
Ces sujets me tiennent terriblement à cœur. D’autant plus lorsqu’on examine de plus près les derniers choix et projets politiques du gouvernement ce n’est certainement pas les classes les plus aisées qui vont en souffrir :
- suppression des allocations familiales ;
- taxation des tickets restaurants et chèques vacances ;
- restriction des dépenses sociales, gèle des dépenses de l’Etat…etc
Je devrais d’ailleurs ajouter les 18 nouvelles taxes décidées sous le règne Sarkozy, le bouclier fiscal, les niches fiscales…etc. Pas besoin d’être un grand analyste pour comprendre à qui profite la politique sarkozyste. Les résultats sont dramatiques :
- augmentation des inégalités : les riches deviennent de plus en plus riches. L'Insee vient de diffuser des données sur les revenus les plus élevés. Jusqu'à présent, l'Institut s'arrêtait au seuil des 5% les plus riches; désormais, des éléments sont disponibles concernant le 0,01% les plus aisés. On demeure pourtant loin du compte puisque les impôts ne sont pas déduits et les revenus financiers demeurent en revanche sous-estimés… En outre, les données s'arrêtant aux années 2004 et 2007…En tout cas, les chiffres parlent d’eux-mêmes.

- La pauvreté augmente nettement depuis 2005 chez les jeunes et les plus âgés : Pour la première fois depuis de nombreuses années le nombre de personnes pauvres de plus de soixante ans augmente, et de façon non-négligeable : + 100 000 personnes entre 2005 et 2007, selon les données de l’Insee en utilisant le seuil de pauvreté à 50 % du revenu médian. Une progression de 25 %. Le phénomène est plus connu, mais encore plus marqué, chez les jeunes : + 300 000 entre 2001 et 2007, soit une hausse de 27 %. Là encore l’évolution parle d’elle-même.
Il n’est plus supportable qu’on laisse perdurer une telle politique. Il faut que ça cesse. Oscar Wilde disait que «
l'égoïsme ne consiste pas à vivre comme on en a envie, mais à demander aux autres de vivre comme on a soi-même envie de vivre ». Cette maxime conviendrait plutôt bien à la politique menée depuis 2002 : les masses populaires doivent continuellement se saigner un peu plus afin que les intouchables puissent continuer à être…intouchables !
Commentaires
Très intéressant, merci!
Très intéressant, merci! (Petite rectification: au vu du document sur le site de la CNAF, il semble n'y avoir qu'un seul "t" à MaThieu Ichou).
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