Blog personnel du président du Conseil Général d'Ille-et-Vilaine (© Copyright Jean-Louis Tourenne 2009)

Mineurs étrangers isolés: assumer pleinement notre responsabilité

Je suis interpellé ces derniers temps sur un sujet extrêmement complexe car il mêle enjeux humains, moraux, juridiques.   Je parle des mineurs étrangers isolés.

Une politique d’immigration qu’il faut condamner

Que ce soit clair, je ne me retrouve ni dans les objectifs ni dans les moyens développés pour assumer une politique d’immigration qui fait honte à la France. 
Elle est couteuse financièrement, douloureuse humainement. Elle méconnait la douleur de l’exil, l’espérance qui porte ceux qui décident de tout quitter : leurs familles, leurs proches,  la terre qui les  a  vus grandir.
Depuis quelques années, nous sommes de plus en plus confrontés à des gamins condamnés à l’errance, aux dangers qu’elle impose, à la merci des réseaux les plus véreux, les plus violents. Le démantèlement de la jungle de Calais, fait d’armes s’il en est, est un exemple de fausse bonne solution remettant sur les routes des mineurs dont toute l’énergie est consacrée à leur simple survie.
 
La protection des mineurs en question
 
Les départements sont en charge, depuis la loi du 5 mars 2007, de la protection de l’enfance : c'est-à-dire tous les enfants sans distinction de nationalités.
Lorsqu’un jeune arrive sur notre territoire, c’est à la justice de déterminer s’il est mineur. Un délai a été fixé pour cela : 5 jours. Délai qui est en pratique largement dépassé. Beaucoup de jeunes attendent une décision, ils bénéficient, entre temps, de notre aide.
Pour le reste, nous avons fait le choix d’assumer pleinement cette responsabilité.
 
Un accueil humain
 
Nous faisons en sorte que ces jeunes soient accueillis dans notre dispositif d’accueil classique,  qu'ils bénéficient de tous les moyens, de toute l'attention dont ils ont besoin, que soit respectée et leur dignité et leur culture.  
Nous avons par ailleurs fait le choix, depuis plusieurs années, de continuer à les accompagner après leur majorité, par un contrat jeunes majeurs, pour terminer les études amorcées, ou engager les procédures de régularisation de leur situation, pour faciliter leur insertion et leur donner les moyens de dessiner leur propre parcours de vie. Car comme le disait Jean Guéhenno, homme de lettre originaire de nos terres : il faut mener un homme, tout homme, jusqu’à lui-même et lui apprendre à se construire. C’est un impératif qui vaut pour tous les enfants qui grandissent en Ille et Vilaine. C’est notre volonté et c’est un dispositif dont, je crois, nous pouvons être fiers.
 
Un système en surchauffe
 
Nous avons donc fait le choix d’un dispositif généreux et humain car nous pensons que cela s’inscrit dans une tradition qui nous honore : celle de l’accueil des plus fragiles, de l’entre-aide, de la solidarité. Mais les réseaux de passeurs semblent encore fonctionner à plein régime. De plus, nous centralisons, par la présence de la borne Eurodac à Rennes, l’essentiel des arrivées pour le grand Ouest. Nous assurions l’accueil de 5 mineurs étrangers isolés en 2000, de 66 en 2008 et plus de 252 aujourd’hui. Nos services sociaux sont à bout de souffle, certains de nos agents suivant près de 10  situations de mineurs différents de façon simultanée.  C'est tout le système qui est en surchauffe.   Quand, dans le même temps, plus de 400 enfants supplémentaires ont été confiés au département par décisions de justice.
D’où la double injonction : nécessité de préserver la qualité de notre accueil et de veiller aux conditions de travail des travailleurs sociaux. Nous réfléchissons à un nouveau dispositif, plus performant, plus souple qui soit mieux conçu pour mobiliser plus d’acteurs. Les jeunes étrangers y trouveront un accueil plus adapté à des situations complexes et diverses (traductions, hébergement, soutien humain).
 
Quand aux tests osseux…
 
C’est à la justice qu’appartient, par la loi, la responsabilité de décider de la minorité. Je me suis exprimé clairement et fortement contre les conditions de détermination de la minorité du jeune. J’ai condamné les pratiques humiliantes et contraires à la dignité humaine, les interpellations musclées à la sortie des écoles ou des lieux d’hébergement, les examens génitaux ou pileux, dégradants parce que réduisant l’individu à une chose dont l’on mesure scientifiquement l’évolution physique.
Et j’ai toujours dit également que la radiographie du poignet ne pouvait constituer l’unique moyen de détermination de l’âge de la personne et que, au vu de sa faible fiabilité, il devait être interprété systématiquement au bénéfice du jeune.
Là aussi, je ne crois pas avoir varié.
 
Quoiqu’il en soit, sur ce sujet complexe, nous avons toujours entretenu un dialogue constructif avec les associations d’aides aux immigrants comme je continue de m’adresser aux diverses autorités concernées. Et ceci, au nom du seul intérêt qui vaille : celui des mineurs dont j’ai, en tant que Président du conseil général, la responsabilité de la protection.
 

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édito par Jean-Louis Tourenne

 

En passant par une SCOP ...

 
 
J’étais invité jeudi matin par Réso Solidaire à la visite d'une SCOP (Société Coopérative et Participative) qui se trouve au Rheu, près de Rennes. J’en profite d’ailleurs pour les remercier une nouvelle fois de leur sympathique invitation qui me fut par ailleurs très instructive et intéressante. Créée  il y a plus de 30 ans , cette société est devenue un acteur majeur du territoire et a  su développer des compétences  sur de nombreux projets transversaux grâce à des équipes pluridisciplinaires de qualité. Elle démontre surtout que l’organisation sous forme de SCOP est une réponse alternative à un modèle centralisé dans lequel la propriété de l’entreprise est dans les mains d’actionnaires qui n’en ont que faire de la situation des salariés, voire même dans certains cas  (nombreux ?), font pression sur leurs  conditions  de travail afin d’avoir un retour rapide sur investissement et à des taux élevés. Dans cette SCOP, le lien entre salariés , Pdg, citoyens est tenu, chacun étant un peu tout à la fois. Il en ressort, un bien être de tous, chacun se retrouvant au cœur des décisions de l’entreprise. Le partage des décisions, le partage des profits, la copropriété des moyens de production ne sont pas des utopies. L’économie peut très bien être prospère, générée de la croissance, et fonctionner sur un mode coopératif. Car ce qu’il ressort profondément de cette visite, c’est la capacité qu’ont  eu les salariés à coopérer et trouver un mode de fonctionnement qui leur soit propre. Ils partagent tous les mêmes intérêts, les mêmes objectifs. Ils partagent évidemment tous les mêmes valeurs, la même vision de la solidarité et de l’égalité face au travail. Alors certes, le modèle de société coopérative est fragile et repose sur une coopération de tous les instants. C’est un défi que nous pouvons et devons relever afin d’imaginer d’autres mode de production. Les enjeux sont de taille si nous voulons réinventer la place de l’Homme au sein de l’entreprise.
 
François Hollande a d’ailleurs bien saisi toute l’importance de soutenir ce mode d’organisation. C’est en ce sens qu’il a répondu à la sollicitation du Réseau des SCOP pour leur dire combien il désirait engager des réformes en faveur des modèles coopératifs. Ainsi, il annonçait que le rachat d’entreprises par leurs salariés pourrait représenter une solution pour éviter l’hémorragie actuelle d’entreprises. Par ailleurs, afin d'engager les changement nécessaire, dans ce même courrier, François Hollande proposait que de nouvelles dispositions soient prises rapidement dont certaines pourront être incluses, dès l’automne 2012, dans la loi de programmation du développement de l’économie sociale et solidaire. Le changement est donc bien en cours!
 
Le département continuera à s’engager pour promouvoir de nouvelles formes d’organisation, pour promouvoir l’économie sociale et solidaire et pour défendre les entreprises du territoire. L’actualité économique de ces derniers mois nous prouve que nous devons défendre une vision progressiste de l’entreprise et qu’il ne faut rien relâcher. Nos politiques, nos actes et nos actions en sont les preuves. Elles sont aux services de l’emploi, du développement durable, de l’aménagement du territoire et donc du maintien de l’Ille-et-Vilaine comme un département dynamique tourné vers ses habitants.

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