Blog personnel du président du Conseil Général d'Ille-et-Vilaine (© Copyright Jean-Louis Tourenne 2009)

Le vent tourne, Monsieur Méhaignerie aussi

Corps de l'édito: 

Le vent tourne, Monsieur Méhaignerie aussi.

 Que Monsieur Méhaignerie prépare aujourd’hui, son « coming out »  (Ouest France du 16 novembre) son retour vers un Centre qu’il avait contribué à dynamiter ne m'étonne ni ne me gêne. En premier lieu parce que c’est une attitude conforme à son habitude. Ses convictions semblent bien moins ancrées que ses appétits. Ensuite parce que ces multiples reniements n’influencent plus personne. Enfin, je crois !

Qu’il brûle ce qu’il avait adoré hier, quand il figurait toujours en bonne place sur lesphotos à côté de Monsieur Sarkozy, ne me gêne pas davantage. Nous savons, pour l’avoir tant entendu, avec quel ton péremptoire, il condamne ce qu’il défendait hier avec la même morgue : le bouclier fiscal (il l’a toujours voté), les niches fiscales. Pourtant, il a épousé avec une belle ardeur toutes les thèses Sarkoziennes qui nous ont conduits au désastre.
Quoi que…  il faut  lui reconnaître, une obstination digne d’éloges dans l’erreur sur  deux ou trois idées. Réduire les charges qui pèsent sur les entreprises pour les rendre compétitives … comme en Allemagne. Tiens, le modèle n’est plus la Grande Bretagne !!! Ainsi, il aura passé sa vie, à répéter « urbi et orbi » une vieille antienne dont l’application nous a conduit là où nous sommes et en retard sur l’Allemagne ( dont le coût du travail  toutes charges et taxes confondues a toujours été supérieur à celui de la France 26€ de l’heure contre 24€). C’est justement la capacité à l’innovation, à développer des technologies de pointe, des produits haut de gamme qui donnent à l’Allemagne sa force de pénétration des marchés étrangers, pas les prix. Pas le protectionnisme des entreprises à la Française avec toujours plus de « cocooning » qui les rend frileuses, recourant (elles, libérales, refusant l’Etat providence … pour les autres) toujours à des exonérations, des dégrèvements, des dérogations. Résultat : la France, un déficit chronique de la balance commerciale. L’Allemagne, acceptant son contexte de pays industrialisé à hauts salaires, 100 milliards d’excédent de sa balance commerciale.
Pas davantage, je ne songerai à m’étonner, qu’il se refuse à toute augmentation de l’impôt sur le revenu des plus riches. Ils (les plus riches) paient en moyenne 20% de leurs ressources. Certains des plus grandes fortunes du pays y échappent d’ailleurs complètement. Je ne parle pas de ceux qui trouvent la France magnifique pour gagner des sommes colossales, magnifique pour s’y faire soigner, pour profiter de tous ses services et payer leurs impôts en Suisse ou ailleurs à l’étranger. Il est vrai que les budgets votés par Monsieur Méhaignerie portaient décision de ramener la dernière tranche d’imposition à 40%. Ce qui ne l’empêche pas, avec une belle spontaéité, de nous administrer des leçons de solidarité.
Paul Krugman, Joseph Sieglitz, tous deux prix Nobel d’économie constatent que les Etats Unis sont sortis de la crise de 1929 avec une croissance splendide pendant 10 ans quand on monté la dernière tranche d’imposition à 90%. Seule la parie la plus élevée des revenus est passible de l’application de ce pourcentage. Comme toujours. Est-ce choquant quand M. Tapie reçoit des contribuables 210 millions d’euros ? Quand le numéro deux de LVMH gagne, en un jour, 18 millions par la résolution de ses stocks-options reçus en cadeau de bienvenue, l’équivalent de 1125 années de SMIC ? Ou Monsieur Lindsay Owen Jones quittant l’Oréal avec une retraite chapeau de 3 Millions par an, retraite pour laquelle il n’a jamais cotisé ?
Que Monsieur Méhaignerie, grand faiseur de leçons, n’en dise rien, ne me choque pas. J’y suis habitué. Il réserve plutôt ses anathèmes aux fonctionnaires, à la protection sociale trop généreuse, bref aux plus modestes élevés au rang de nantis.
Par contre, j’ai quelque mal à accepter, qu’il se soit déplacé à Maure de Bretagne, pour excommunier Pierre-Yves Reboux voué aux gémonies, accusé de tous les maux et notamment de trahison parce qu’il a voulu rester fidèle à ses convictions en choisissant le chemin le plus ardu.
Il est vrai que l’opportuniste, ne trahit jamais. Il ne se rapproche de l’assiette au beurre que pour rester fidèle à lui-même et à ses ambitions ….
NB : Quant à l’acte de bravoure et d’indépendance sur le vote contre la loi sur les Roms quand la France la rejetait, il est exceptionnellement beau parce qu’il aura été unique.

édito par Jean-Louis Tourenne

 

En passant par une SCOP ...

 
 
J’étais invité jeudi matin par Réso Solidaire à la visite d'une SCOP (Société Coopérative et Participative) qui se trouve au Rheu, près de Rennes. J’en profite d’ailleurs pour les remercier une nouvelle fois de leur sympathique invitation qui me fut par ailleurs très instructive et intéressante. Créée  il y a plus de 30 ans , cette société est devenue un acteur majeur du territoire et a  su développer des compétences  sur de nombreux projets transversaux grâce à des équipes pluridisciplinaires de qualité. Elle démontre surtout que l’organisation sous forme de SCOP est une réponse alternative à un modèle centralisé dans lequel la propriété de l’entreprise est dans les mains d’actionnaires qui n’en ont que faire de la situation des salariés, voire même dans certains cas  (nombreux ?), font pression sur leurs  conditions  de travail afin d’avoir un retour rapide sur investissement et à des taux élevés. Dans cette SCOP, le lien entre salariés , Pdg, citoyens est tenu, chacun étant un peu tout à la fois. Il en ressort, un bien être de tous, chacun se retrouvant au cœur des décisions de l’entreprise. Le partage des décisions, le partage des profits, la copropriété des moyens de production ne sont pas des utopies. L’économie peut très bien être prospère, générée de la croissance, et fonctionner sur un mode coopératif. Car ce qu’il ressort profondément de cette visite, c’est la capacité qu’ont  eu les salariés à coopérer et trouver un mode de fonctionnement qui leur soit propre. Ils partagent tous les mêmes intérêts, les mêmes objectifs. Ils partagent évidemment tous les mêmes valeurs, la même vision de la solidarité et de l’égalité face au travail. Alors certes, le modèle de société coopérative est fragile et repose sur une coopération de tous les instants. C’est un défi que nous pouvons et devons relever afin d’imaginer d’autres mode de production. Les enjeux sont de taille si nous voulons réinventer la place de l’Homme au sein de l’entreprise.
 
François Hollande a d’ailleurs bien saisi toute l’importance de soutenir ce mode d’organisation. C’est en ce sens qu’il a répondu à la sollicitation du Réseau des SCOP pour leur dire combien il désirait engager des réformes en faveur des modèles coopératifs. Ainsi, il annonçait que le rachat d’entreprises par leurs salariés pourrait représenter une solution pour éviter l’hémorragie actuelle d’entreprises. Par ailleurs, afin d'engager les changement nécessaire, dans ce même courrier, François Hollande proposait que de nouvelles dispositions soient prises rapidement dont certaines pourront être incluses, dès l’automne 2012, dans la loi de programmation du développement de l’économie sociale et solidaire. Le changement est donc bien en cours!
 
Le département continuera à s’engager pour promouvoir de nouvelles formes d’organisation, pour promouvoir l’économie sociale et solidaire et pour défendre les entreprises du territoire. L’actualité économique de ces derniers mois nous prouve que nous devons défendre une vision progressiste de l’entreprise et qu’il ne faut rien relâcher. Nos politiques, nos actes et nos actions en sont les preuves. Elles sont aux services de l’emploi, du développement durable, de l’aménagement du territoire et donc du maintien de l’Ille-et-Vilaine comme un département dynamique tourné vers ses habitants.

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