Président du Conseil Général d'Ille-et-Vilaine

Mes lectures

  • La France Injuste de Timothy Smith
    Un économiste Canadien qui passe 5 ans en France pour étudier le fonctionnement de notre société et notre système de protection sociale et qui découvre, démonstration à l'appui que la majeure partie ( environ 70%) de l'argent dépensé en action sociale profite d'abord aux classes les plus aisées. Une sérieuse remise en cause de nos discours sur la redistribution. Heureusement que, de temps en temps, des étrangers viennent mettre à mal notre tendance à l'autosatisfaction.
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    L'aube, le soir, la nuit de Yasmina REZA
    "Il n'y a pas de lieux dans la tragédie. Et il n'y pas d'heures non plus. C'est l'aube, le soir ou la nuit." Au hasard d’un déplacement en train, je suis retombé sur ce livre de Yasmina Reza qui fut présenté comme un livre enquête sur la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, qu’elle a suivi en coulisse. S’agissant d’une artiste dont les œuvres sont traduites en 35 langues, dont les pièces se jouent aussi bien en France qu’à l’étranger (c’est la dramaturge la plus jouée au monde), c’est bien plus que cela. Elle aborde, avec une écriture si agréable qu’on la croit simple, les grandes questions existentielles et universelles: l'amour, l'ambition, la solitude, le pouvoir, la fuite du temps,...qui ont inspiré tant de tragédies. Chacun lit un livre au travers du prisme de ses préoccupations, de ce qu’il en attend, de ce qu’il est. Au-delà du portrait de lucide Nicolas Sarkozy en tant qu’homme et qui mérite tout le respect, mais ne m’intéresse pas, c’est l’expression de ses convictions, parfois paradoxales, et de ses motivations qui est intéressante. Elle éclaire en effet d’une lumière particulièrement crue la politique mise en œuvre à la tête de la France depuis l’élection de Nicolas Sarkozy et des hommes qui l’accompagnent. Soyons conscients à ce propos, comme l’écrit l’auteur que "L'homme seul est un rêve. L'homme seul est une illusion." A propos des hommes politiques de la trempe de Nicolas Sarkozy, Yasmina Reza a cette réflexion, si juste: "Ils jouent gros. C'est ce qui me touche. Ils jouent gros. Ils sont à la fois le joueur et la mise. Ils misent eux-mêmes sur le tapis. Ils ne jouent pas leur existence, mais, plus grave, l'idée qu'ils s'en sont faite." J’oserai ajouter qu’ils ne jouent pas leur existence, mais malheureusement, plus grave, l’existence des millions de concitoyens français. Un seul exemple : parmi tous les propos rapportés citons celui là "La solidarité ? C'est quoi ce thème à la con ? La solidarité ca veut rien dire" ou « Je ne mène pas un combat politique, je mène un combat idéologique. On fait campagne sur des valeurs ». Ces valeurs du chacun pour soi ne sont assurément pas les miennes. Le combat politique devrait précisément viser à faire vivre notre si belle devise républicaine « liberté, égalité, fraternité » que d’aucuns voudraient ringardiser. Ce ne sont pas de vains mots. Ce sont la boussole qui nous guide dans la construction d’une société plus harmonieuse, où les circonstances de la naissance ne marquent pas au fer rouge l’existence des hommes et leurs rapports entre eux.
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    L’avenir de l’eau : Petit précis de mondialisation II d’Erik Orsenna
    La lecture nourrit et enrichit le lecteur. C’est un truisme que de l’écrire. Mais il est des ouvrages qui éclairent plus que d’autres, notre réflexion sur le monde, sur les autres et partant sur nous-mêmes. L’avenir de l’eau fait partie indéniablement de cette catégorie. Erik Orsenna est Académicien, Conseiller d’Etat, homme de mer (amoureux de la Bretagne !) et singulièrement conteur hors-pairs. Véritable griot du quai Conti, il rassemble ici tous ses talents pour nous emmener au fil de l’eau vers une méditation sur les enjeux de la maitrise de l’eau (et de son corollaire : l’assainissement), maitrise essentielle, potentiellement porteuse de conflits futurs. Il nous découvre l’importance et les enjeux de cette question, tant il est vrai qu’ils ne sont pas évident pour nous : notre quête de l’eau et de l’assainissement ne se résume-t-elle pas à nous donner la peine d’ouvrir le robinet ou de tirer la chasse d’eau ? A la façon d’un journaliste qui aurait le temps, il voyage d’un pays à l’autre, sur tous les continents, à la rencontre de la géographie, des lieux mais surtout à la rencontre des hommes. Dans la richesse de leur diversité, ils nous font découvrir cette équation vitale de l’eau, qui nous lie, qui nous relie comme une religion fraternelle, où l’homme et la vie sont au centre. A l’heure où la FAO, l’organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture tient son sommet, tandis que les pays riches retirent du document tout engagement chiffré en matière de réduction de la faim et d’aide à l’agriculture, notre France ne montre pas l’exemple avec un budget d’aide au développement de 0.44% du revenu national brut (8.6 Mds d’euros) en 2010. Nous aurions tort de croire que nos efforts sont de la générosité. Ils doivent être des efforts de solidarité, même si elle est égoïste : la meilleure façon d’aider les populations défavorisées est de les aider à rester chez elles. Comment rester chez soi, si l’eau manque ? Erik Orsenna nous livre ici des pistes de gestion planétaire, au niveau le plus local. La mondialisation peut faire œuvre utile si elle est au service de la production et du partage de l’eau douce. Nous serions avisés d’y réfléchir. Vite.
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    Léon Blum devant la cour de Riom
    C’est un petit document et c’est un grand texte. Publié en 1945, on doit encore la trouver dans certaines bibliothèques, chez quelques bouquinistes ou sur le web (à des prix abordables). Ce petit document c’est « Léon Blum devant la cour de Riom » : les minutes d’un procès (de février à mars 1942) que l’ordre nouveau souhaitait exemplaire et qui devait révéler tout le mal que les gouvernements de Front Populaire avaient fait à la France. Et Blum est le coupable parfait : juif, socialiste, républicain et humaniste. Ce fut bien un procès exemplaire, en effet, car Blum est aussi un homme d’état. Il est le représentant de la république accusée et il s’en dit « le témoin et le défenseur ». C’est ce positionnement qui va faire toute la force de sa défense. Car page après page, le lecteur devient spectateur d’un procès qui bascule. Les accusations ne tiennent pas un instant face à l’accusé. Il va tout démolir : l’acte d’accusation, la légitimité de la cour, l’ordre nouveau qui règne à Vichy. Il surpasse, moralement, techniquement, juridiquement, ses interlocuteurs : corrigeant les chiffres, rectifiant les erreurs, rappeler les contextes. Il monopolise la parole et répète ce qui demeure son idéal démocratique : le lien sacré qui lie, par l’élection, un gouvernement, un programme et un peuple. Cela lui permet de justifier l’essentiel de sa politique mais aussi de rappeler la nature véritable de la « révolution nationale » du maréchal . Il va littéralement renverser l’accusation, chacun de ses développements devient démonstration. Sur la promotion des loisirs, Blum montre que la « condition morale et physique » de l’ouvrier est, sans doute, le facteur le plus important pour assurer un bon rendement horaire. Les 40 heures ont été une force, et non une faiblesse : elle a rendu leur dignité à chacun des ouvriers de France. Les contrats collectifs ont préservé la paix sociale, et instauré la « démocratie dans les usines ». Le Front Populaire a engagé, via la nationalisation des entreprises d’armement, l’effort de préparation à la guerre, plus que tout autres gouvernements précédents, où avaient siégés Laval ou Pétain. Ce texte est un bout d’histoire, un dialogue, une confrontation entre deux systèmes, totalitarisme et démocratie, dont on connaît, évidemment, l’issue mais qui n’en demeure pas moins passionnante. C’est également un texte magnifique, le discours improvisé d’un homme déjà âgé, malade mais déterminé, découvrant en lui des trésors d’énergie pour défendre l’essentiel : ses valeurs socialistes et surtout l’institution républicaine. Dans l’obscurité, alors que le monde semble s’effondrer et que la France connaît la catastrophe de l’occupation et la honte de la collaboration, Blum brandit haut les lumières des idéaux démocratiques et sociaux de la république. Cela relève du plus noble des courages politiques. Blum est un homme debout, il ne cède ni ne transige sur rien, ne renonce à rien et démontre le bien fondé de ce qui demeure nos valeurs d’humanisme et de solidarité. C’est un exemple à haute valeur pédagogique qui demeure d’actualité. Plus que jamais.

édito par Jean-Louis Tourenne

 

 
 J’ai perdu un ami. A ceux qui disent que les sentiments n’ont pas de place en politique, je peux vous dire qu’ils font fausse route.
 Christian c’était une ambiance,  un esprit, un climat, celui de la jovialité. Dans l’opposition comme dans la gouvernance majoritaire, je ne suis jamais lassé de l’entendre, de travailler avec lui. Ses exigences morales et intellectuelles le rendaient précieux. Tout au long de ces années passées- depuis 1988 tout de même ! -  je n’ai connu qu’une seule méthode, celle du travail, de la simplicité et de la discrétion.
 
 
Mais Christian c’était également une volute de fumée et que sa femme Michèle ne me tienne pas rigueur de ce mauvais jeu de mots, il est parti avec sa maitresse, d’origine Gitane. Je sais qu’il a souffert et j’en ai mal pour lui. Je ne devrais pas l’écrire mais tant pis : savoir que ceux qui nous sont chers ont souffert, quelle injustice quant tant d’autres qui ne se seront jamais souciés du sort de leur voisin passent de vie à trépas sans les affres de la souffrance.
 
 
Parler de Christian, c’est comme feuilleter un album sonore ou photos.
 
Sonore parce que Christian c’était une succession de 3 à 4 notes, celle de son rire grave et sonore. Elles l’annonçaient, l’accompagnaient ou le précédaient mais jamais ne l’abandonnaient. Ces quelques notes, si tant est qu’on puisse ainsi les qualifier, étaient la seule expression d’impudeur que je lui connaisse : tout le reste du personnage n’était que discrétion et secret. Même les chiffres il les mettait en musique : avec ses explications, tout devenait limpide, un travail de joaillier où il ciselait ses démonstrations, son argumentation. Il s’interdisait de ne pas démontrer ce qu’il affirmait. Et entre deux démonstrations, il pouvait glisser un bon mot pour relancer l’attention ou régler un compte, hors de toute méchanceté car il en était dépourvu. Christian ne comptait pas, il contait.
 
Visuel parce que si je devais compter toutes les anecdotes qui nous unissent, il me faudrait contacter immédiatement l’administrateur de ce site pour qu’il en augmente les capacités. Allez, comme ça, au débotté : si vous ne l’avez pas entendu raconter que chaque fin d’été il réservait son emplacement pour l’été suivant, si vous ne l’avez pas vu – oui je dis bien vu- narrer la pêche à la crevette à l’Ile de ré avec ses petits enfants, alors, croyez moi, vous êtes passés à coté de quelque chose. Je ne sais pas si ses petits enfants liront ces lignes, mais ils seraient encore plus fiers s’ils savaient en quels termes il parlait d’eux. Si mes souvenirs sont exacts, je crois même qu’il leur avait aménagé chez lui une pièce avec télé pour laquelle il nous disait régulièrement qu’il adorait s’y installer avec eux et qu’il nous quittait pour les rejoindre. Je pourrais vous parler de banquets où les chansons se succédaient, parfois avec quelques précautions oratoires laissées dans le coffre de la voiture mais que seraient les banquets sans celles et ceux qui prennent le micro, donc des risques !  
 
Christian : c’est un parcours, celui de l’engagement, professionnel, associatif, militant, politique. C’est un parcours ordinaire d’homme engagé et c’est justement ce qui le rend extraordinaire. Je salue sa mémoire, j’embrasse sa femme Michèle. Les sardines peuvent porter le deuil et Douarnenez mettre en berne ses drapeaux tant il racontait avec excellence cette procession annuelle qu’il faisait en famille. Il a conté  pour moi. J’espère avoir compté pour lui.

 

Au fil des jours