Les sheriffs et la République
C’est la même stratégie depuis 8 ans : la logique du « cran au dessus ». Encore un peu plus sécuritaire, encore un peu plus liberticide, encore un peu plus guerrier.
Pour reprendre la main après une séquence catastrophique pour la droite, ceux qui nous gouvernent ont fait le choix délibéré du vocabulaire de la suspicion et de la violence. « Voilà l’ennemi ! ». L’ennemi forcément un peu polygame, forcément un peu exciseur, qui vole, pille et tue les policiers. L’ennemi qui roule en « grosse cylindrée ».
L’ennemi qui, par définition, ne peut plus être français. Et le mépris contre tous ceux qui ne partagent pas cette opinion extrême: tous des « laxistes », tous un peu complices.
Sans cesse, le même refrain. Refrain d’autant plus futile que rien ne peut cacher l’échec patent de cette droite là à endiguer la délinquance, les violences faites aux personnes (+12% en 8 ans). Cette politique là est rejetée par près de deux tiers des français selon un récent sondage de Marianne.
Alors on joue les gros bras, on vide les camps de Roms et de gens du voyage, on remet sur la route des familles entières, hommes, femmes et enfants, sans jamais se demander où, exactement, ils pourront aller. On multiplie les sorties policières ponctuelles et néanmoins musclée, caméra au poing, avec les effectifs qui nous restent. On prépare, surtout, une offensive majeure contre l’esprit et la lettre de la constitution en affirmant, pour la première fois de notre histoire républicaine (car Vichy, ce n'est pas la République), qu’il y a des français peut être un peu moins français que d’autres.
Le film, car c’en est un, donne la nausée. Notre pays s’enfonce peu à peu dans une ambiance de mauvais western –violent et peu crédible- où les prétendants sheriffs tirent de plus en plus forts contre ce qu’ils considèrent être « la racaille ». Une folie.
Il est toujours bon de relire notre texte fondamental, texte qui par nature ne doit souffrir d’aucun clivage partisan, et notamment son article 5: le président de la République est garant du respect de la Constitution.
Au vu de l’écart entre le texte et la pratique, on est en droit de se demander quand se réveillera, dans ce pays, la droite républicaine. Celle qui ne méprise pas ces valeurs communes qui sont le socle de notre pacte républicain. Celle qui, à l'évidence, n'est plus aussi bien représentée au sommet de l'état.