Blog personnel du président du Conseil Général d'Ille-et-Vilaine (© Copyright Jean-Louis Tourenne 2009)

L'Europe, le travail et les cueilleuses de fraises

Corps de l'édito: 

L'Europe, le travail et les cueilleuses de fraises

C’est une histoire qui aurait dû résonner dans les médias tant ce qu’elle dit de notre société est révélateur et cruel. Seul le journal les Dernières Nouvelles d’Alsace, relayé par l’ancien socialiste Jean Luc Mélenchon, semble s’en être un peu ému.
Voilà les faits. Rudolph Maier, maraicher allemand dont l’exploitation se situe dans le département du Bas Rhin, sollicite une entreprise polonaise pour bénéficier du secours de 44 travailleuses roumaines enregistrées comme 44 entreprises privées allemandes, ravage de l’esprit « auto-entrepreneur ». La mission : cueillir des fraises. On leur promet le transport, la nourriture, le logement. Le kilo de fraises aurait été rémunéré à hauteur de 50 centimes. Les conditions d’accueil sont lamentables : des préfabriqués fermés à clé la nuit, deux douches et deux WC, interdiction, semble-t-il, de partir. 1 an de prison ferme, près de 70 000 euros d’amende : la sanction est sévère mais à la hauteur des faits. Ce n’est plus le droit du travail que l’on piétine, c’est l’esclavage que l’on réhabilite.
L’anecdote est sordide mais utile. Utile pour comprendre que le statut d’auto-entrepreneur, ou quel que soit le nom qu’on lui donne, est un renoncement, qu’il est l’opportunité qu’attendait les libéraux pour fouler aux pieds les droits dont tout travailleur doit pouvoir se prévaloir. Utile aussi pour montrer que lorsque que l’Union Européenne permet ce genre d’abus, elle se trahit et permet des situations qui sont contraires à ce qui constitue, en Europe, nos valeurs communes. Et surtout cela montre qu’il est impératif de repenser complètement la relation de l’individu avec le travail.
C’est le sens de la réflexion que nous menons en Ille et Vilaine pour faire avancer la sécurisation des parcours professionnels. J’aurais l’occasion d’évoquer cette question, sur ce blog, très prochainement.

édito par Jean-Louis Tourenne

 

En passant par une SCOP ...

 
 
J’étais invité jeudi matin par Réso Solidaire à la visite d'une SCOP (Société Coopérative et Participative) qui se trouve au Rheu, près de Rennes. J’en profite d’ailleurs pour les remercier une nouvelle fois de leur sympathique invitation qui me fut par ailleurs très instructive et intéressante. Créée  il y a plus de 30 ans , cette société est devenue un acteur majeur du territoire et a  su développer des compétences  sur de nombreux projets transversaux grâce à des équipes pluridisciplinaires de qualité. Elle démontre surtout que l’organisation sous forme de SCOP est une réponse alternative à un modèle centralisé dans lequel la propriété de l’entreprise est dans les mains d’actionnaires qui n’en ont que faire de la situation des salariés, voire même dans certains cas  (nombreux ?), font pression sur leurs  conditions  de travail afin d’avoir un retour rapide sur investissement et à des taux élevés. Dans cette SCOP, le lien entre salariés , Pdg, citoyens est tenu, chacun étant un peu tout à la fois. Il en ressort, un bien être de tous, chacun se retrouvant au cœur des décisions de l’entreprise. Le partage des décisions, le partage des profits, la copropriété des moyens de production ne sont pas des utopies. L’économie peut très bien être prospère, générée de la croissance, et fonctionner sur un mode coopératif. Car ce qu’il ressort profondément de cette visite, c’est la capacité qu’ont  eu les salariés à coopérer et trouver un mode de fonctionnement qui leur soit propre. Ils partagent tous les mêmes intérêts, les mêmes objectifs. Ils partagent évidemment tous les mêmes valeurs, la même vision de la solidarité et de l’égalité face au travail. Alors certes, le modèle de société coopérative est fragile et repose sur une coopération de tous les instants. C’est un défi que nous pouvons et devons relever afin d’imaginer d’autres mode de production. Les enjeux sont de taille si nous voulons réinventer la place de l’Homme au sein de l’entreprise.
 
François Hollande a d’ailleurs bien saisi toute l’importance de soutenir ce mode d’organisation. C’est en ce sens qu’il a répondu à la sollicitation du Réseau des SCOP pour leur dire combien il désirait engager des réformes en faveur des modèles coopératifs. Ainsi, il annonçait que le rachat d’entreprises par leurs salariés pourrait représenter une solution pour éviter l’hémorragie actuelle d’entreprises. Par ailleurs, afin d'engager les changement nécessaire, dans ce même courrier, François Hollande proposait que de nouvelles dispositions soient prises rapidement dont certaines pourront être incluses, dès l’automne 2012, dans la loi de programmation du développement de l’économie sociale et solidaire. Le changement est donc bien en cours!
 
Le département continuera à s’engager pour promouvoir de nouvelles formes d’organisation, pour promouvoir l’économie sociale et solidaire et pour défendre les entreprises du territoire. L’actualité économique de ces derniers mois nous prouve que nous devons défendre une vision progressiste de l’entreprise et qu’il ne faut rien relâcher. Nos politiques, nos actes et nos actions en sont les preuves. Elles sont aux services de l’emploi, du développement durable, de l’aménagement du territoire et donc du maintien de l’Ille-et-Vilaine comme un département dynamique tourné vers ses habitants.

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