L'Europe, le travail et les cueilleuses de fraises
C’est une histoire qui aurait dû résonner dans les médias tant ce qu’elle dit de notre société est révélateur et cruel. Seul le journal les Dernières Nouvelles d’Alsace, relayé par l’ancien socialiste Jean Luc Mélenchon, semble s’en être un peu ému.
Voilà les faits. Rudolph Maier, maraicher allemand dont l’exploitation se situe dans le département du Bas Rhin, sollicite une entreprise polonaise pour bénéficier du secours de 44 travailleuses roumaines enregistrées comme 44 entreprises privées allemandes, ravage de l’esprit « auto-entrepreneur ». La mission : cueillir des fraises. On leur promet le transport, la nourriture, le logement. Le kilo de fraises aurait été rémunéré à hauteur de 50 centimes. Les conditions d’accueil sont lamentables : des préfabriqués fermés à clé la nuit, deux douches et deux WC, interdiction, semble-t-il, de partir. 1 an de prison ferme, près de 70 000 euros d’amende : la sanction est sévère mais à la hauteur des faits. Ce n’est plus le droit du travail que l’on piétine, c’est l’esclavage que l’on réhabilite.
L’anecdote est sordide mais utile. Utile pour comprendre que le statut d’auto-entrepreneur, ou quel que soit le nom qu’on lui donne, est un renoncement, qu’il est l’opportunité qu’attendait les libéraux pour fouler aux pieds les droits dont tout travailleur doit pouvoir se prévaloir. Utile aussi pour montrer que lorsque que l’Union Européenne permet ce genre d’abus, elle se trahit et permet des situations qui sont contraires à ce qui constitue, en Europe, nos valeurs communes. Et surtout cela montre qu’il est impératif de repenser complètement la relation de l’individu avec le travail.
C’est le sens de la réflexion que nous menons en Ille et Vilaine pour faire avancer la sécurisation des parcours professionnels. J’aurais l’occasion d’évoquer cette question, sur ce blog, très prochainement.