Blog personnel du président du Conseil Général d'Ille-et-Vilaine (© Copyright Jean-Louis Tourenne 2009)

Elections régionales: quelques enseignements d'un premier tour

De l’abstention

L’abstention nous interpelle, comme citoyen, plus encore comme responsable politique puisqu’elle est l’expression d’un désintérêt profond pour la chose publique ou d’un désaccord qui ne veut pas encore s’exprimer par un vote négatif. L’intérêt pour le mieux vivre ensemble est toujours fort, je n'en doute pas. Mais les liens se sont distendus entre une  attente sociétale et une pratique politique qui vit, trop souvent encore, sur des codes anciens. Nul ne peut s'exonérer de cette réflexion.

 
Un cri de révolte et d’espoir
 
36,33% en Ille-et-Vilaine, je souhaite saluer le résultat obtenu par la liste conduite par Jean Yves Le Drian. Ce résultat est le fruit d’une intelligente gestion et d'un juste diagnostic  de notre région. Le fruit d’une politique qui a voulu rendre à la Bretagne et aux Bretons leurs fiertés. Le fruit, aussi, d’un programme à la hauteur de son ambition, une Bretagne solidaire, haute en couleurs, haute en valeurs, debout, forte, sereine, capable de s’ouvrir au monde parce que sûr de sentir ses racines profondément ancrées dans le sol.
En France, les majorités régionales sortantes ont fait leur la maxime de Georges Clemenceau : on ne se fait pas élire sur un bilan mais bien une espérance. Mais l’espérance était possible parce que le bilan était riche. Les candidats socialistes ont su proposer un projet et une grande idée de l’avenir et du développement économique, sociale, environnementale de nos territoires.
Au cœur d’une crise sociale sans précédent, alors que la société française est en souffrance, je pense que c’est là la principale grille de lecture du résultat d’hier.  
Il constitue, à l’évidence, un formidable cri de révolte et d’espoir.
 
Mystifier, mystifier, mystifier…il en restera toujours quelque chose
 
Nous avons eu droit, de la part de quelques responsables de droite -  les plus en vue actuellement n'étant peut être pas les plus à voir tant il y a des responsables politiques à droite qui sont conscients des dégâts occasionnés par Nicolas Sarkozy -  à la batterie habituelle des argumentaires préparés clés en mains et répétés en boucle jusqu’à la nausée. 
  • Nous avons pu entendre que la droite n’avait pas perdu, voir que ce scrutin marquait –sans rire !- une défaite de la gauche. Comme si le fait qu’un électeur sur quatre soutienne la droite parlementaire ne constituait pas un désaveu cinglant de la politique gouvernementale. Argument à géométrie variable qu’on n’entendait pas après les élections européennes, boudées d’avantage encore.
  • Nous avons, de nouveau, entendu que la gauche serait « accroc à l’impôt » et qu’elle augmenterait la fiscalité. C’est un mensonge éhonté à plus d'un titre: la nouvelle réforme retire peu à peu aux régions toutes possibilités d’agir sur ses recettes. Les capacités gestionnaires des collectivités locales sont régulièrement saluées notamment eu égard à celle de l'Etat, comme en témoignait un des derniers rapports de la Cour des comptes
  • Nous avons entendu que la désunion de la gauche était la garantie des «petits arrangements », des unions de circonstances. Comme si l’on devait s’excuser de respecter, au sein de la gauche, l’expression de la diversité de nos sensibilités, tout en sachant que nous partageons, in fine, la même vision progressiste de nos territoires. Mais qu'auraient donc de plus nobles les alliances à Droite?
 
Réforme des collectivités, ce que le premier ministre ne dit pas
 
Mais le plus grossier des aveux de faiblesse, vient sans doute du premier ministre, François Fillon, qui, le premier, a lié les résultats de ce premier tour à la réforme des collectivités. Le niveau d’abstention serait le signe, la preuve que « les régions et leurs dirigeants n’ont pas trouvé leur place dans l’opinion ». Et d’affirmer, sans broncher, que « plus que jamais, la réforme et la simplification de notre organisation territoriale sont nécessaires ».
François Fillon ne dit pas que les scrutins régionaux précédents avaient montré une participation au minimum satisfaisante (environ 58% en 1998, 60% en 2004). Il ne dit pas que certains présidents de régions ont obtenu, cette année, des résultats exceptionnels.
François Fillon ne dit pas que les régions françaises ont des budgets et des autonomies 10 à 20 fois inférieures aux autres régions d’Europe. Il ne dit pas qu’il y a derrière la descente aux enfers du RPR d’aujourd’hui, le « non » des élus de toutes tendances à son projet de casse de la démocratie de proximité, des services publics locaux, de la réactivité et de la vitalité des collectivités locales. Un vrai gâchis !
Mais surtout, il ne dit pas que le futur mode de scrutin du conseiller territorial, c’est la garantie de l’opacité. En élisant, lors d’un scrutin à un tour, un conseiller territorial qui siègera au département, à la région, plus personne ne saura pour qui il vote, quelle responsabilités assumera l’élu, plus personne ne saura qui aura vocation à diriger les exécutifs.
François Fillon se garde bien de dire que la réforme des collectivités, c’est moins d’autonomie, moins de moyens, moins de services publics. Les régions perdront donc de leur identité, de leur spécificité.
Les gens ne se sont pas abstenus parce qu’ils ne comprennent pas les collectivités. Ils se sont abstenus, pour une part qui ne saurait être non négligeable, parce qu’ils ne comprennent pas le sens de ses funèbres réformes et ce qu’il adviendra à des collectivités réduites, aujourd’hui, à une existence précaire.
 
J’appelle chacun à se mobiliser, à voter pour le second tour et à formuler un message juste et positif, celui d’un renforcement des majorités de gauche. Un succès confirmé poserait des jalons positifs pour envisager l’avenir de la Bretagne, l’avenir de nos régions, l’avenir de la France.

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édito par Jean-Louis Tourenne

Nicolas Sarkozy continue de diviser les français!

 
Dans la tête de Nicolas Sarkozy, il y a les « vrais » et les « faux » chômeurs. Sans doute comme il y a les « vrais » et les « faux » français, les fonctionnaires « courageux » et les autres « tire-au-flan », les « bons » juges et les « mauvais »… A droite toute, Sarkozy Le Diviseur sème la discorde, et s’empare de l’arme du référendum pour faire du Marine Le Pen sans le dire ! 
 
Hier, le chef de l’Etat a annoncé son souhait de s’adresser aux français afin qu’ils donnent leur opinion sur le « système d’indemnisation du chômage » et sur la façon de « considérer le travail et l’assistanat ». Ce sont ses mots ! Pour autant, il n’a pas le courage d’assumer cette proposition indécente, cynique et injuste dans son programme de candidat – non déclaré - à la prochaine élection présidentielle.
 
Quelle indécence que de préférer stigmatiser les plus pauvres pour cajoler les plus riches ! Pourquoi n'organise-t-il pas un référendum sur les dividendes, les hauts revenus, les stocks options ou sur l’impôt sur la fortune ?
 
Quel cynisme que de vouloir ajouter au traumatisme et à l’humiliation du chômage, une perte de moyens pour l’ensemble de la famille !
 
Quelle injustice que de vouloir faire payer les victimes du système, quand c’est le gouvernement qui n’est pas à la hauteur de ses obligations de création des conditions du plein emploi !
 
Et aussi, quel populisme ! Car on ne doute pas que Nicolas Sarkozy saura formuler la question de telle sorte qu’il obtienne la réponse qu’il attend. S’il demande : « les chômeurs doivent-ils continuer de toucher leurs allocations ? » ou « les chômeurs peuvent-ils refuser un emploi ? », le succès est assuré. En période de crise, l’idée que certains préfèrent rester chez eux plutôt que d’aller travailler est tenace. Et elle est alimentée par ces discours à la Wauquiez qui affichent la solidarité comme le cancer de notre société.
 
Cette annonce illustre une nouvelle fois la politique réactionnaire du chef de l’Etat, fondée sur le cynisme, la division des français et l’anéantissement des plus vulnérables. Aujourd’hui pourtant, la France n’a pas besoin d’extrémisme, mais de justice, de rassemblement et de progrès social. C’est la question essentielle du référendum de l’élection présidentielle prochaine. Les français sauront y répondre.

 

 

 

 

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