Nicolas Sarkozy est l’héritier d’une tradition gaulliste qu’il foule aux pieds.Ce n’est pas sur ce blog – ni ailleurs- que vous me verrez défendre le Gaullisme mais il est des vertus incontestées à ceux qui s’en revendiquent, notamment celle du souci de la cohésion nationale, du respect du caractère indivisible de notre République.
S’engager en politique, y prendre des responsabilités, c’est à mon sens proposer et contribuer à un projet de société, un projet pour le mieux vivre ensemble. Cette exigence morale, Nicolas Sarkozy ne la fait pas sienne. Ce n’est bien évidemment pas une question de capacité intellectuelle, plutôt une absence de volonté d’engager un travail de longue haleine, qui nécessite discrétion, réflexion, ce qu’il ne supporte pas tant il croit que tout se règle à coups de prises de positions ou de décret qui, il est vrai, offrent plus de visibilité médiatique.
Aussi, il divise pour mieux régner. Certes, il n’a rien inventé car c’est un des moyens, ancestraux, de préservation du pouvoir mais il innove tristement car il en fait un principe permanent et unique de gouvernance. Il parcellise notre société, dresse les uns contre les autres : sa marotte, les fonctionnaires contre les salariés du privé ; mais également les demandeurs d’emploi, stigmatisés, contre les travailleurs ; les sans papiers, maltraités et caricaturés et jetés à la vindicte; les retraités prétendument nantis, contre les actifs ; les jeunes de banlieue contre une jeunesse plus à sa convenance ; les bénéficiaires des 35H contre ceux qui n’ont pu en bénéficier ; les classes protégées et déresponsabilisées ( le paroxysme du bouclier fiscal) contre celles qui participent à l’effort de crise ; les soucieux de l’environnement contre ceux qui trouvent que cela "commence à bien faire"… Le corps social ne doit faire qu’un et cette majorité fait fausse route en ne cherchant pas cet unité.
Première arme donc, la division
Plus grave encore à mon sens, l’intimidation. Avant hier, le collectif des sans papiers de Rennes a été condamné en appel pour un tract jugé diffamatoire contre la Police aux Frontières. Le Ministre de l’intérieur avait fait appel d’une première décision de relaxe. Bingo, il doit sourire : 3 militants sont condamnés par la cour d’appel. Cette condamnation n’est pas une révélation, elle est une confirmation d’un nouveau péril: celui qui consiste à décourager toutes celles et ceux qui, même imparfaitement, viennent en soutien des plus fragiles, de leur voisin le plus proche comme de celui le plus éloigné. Ainsi, ces derniers mois un phénomène à pris de l'ampleur: la pénalisation du mouvement social. Dernière illustration en date, la tentative de condamnation des « conti », dénoncée par le LDH, le Syndicat des avocats de France mais également le syndicat de la magistrature. Plus récemment, le 27 janvier, B. Hortefeux défendait un amendement au projet de loi de la sécurité intérieure se félicitant "des résultats majeurs " enregistrés de 2002 à 2008, citant "un nombre de personnes placées en garde à vue progressant de 51,52 %". 800 000 gardes à vue en 2009, soit près d’un français sur 60 !
Daniel Cohn Bendit aurait il pu sourire, espiègle, sans être poursuivi, devant une rangée de CRS ? A bien y réfléchir, ce n’est pas si évident.