Les questions relatives à l’évaluation des experts ou des évaluateurs a toujours fait débat. Elles posent une double interrogation : l’avis des experts est-il toujours souverain, objectif et inébranlable ? En cas de mauvaise évaluation, qui a autorité pour rétablir la vérité si tant est qu’elle existe ?
Ces questions sont d’autant plus problématiques qu’il existe une forte asymétrie d’informations entre l’expert et « l’évalué » : l’expert sait, pas nous ! Cela le place dans une situation relativement confortable mais terriblement injuste. Celui qui possède l'information détient le pouvoir. C’est exactement le cas concernant le positionnement des agences de notation, leur rôle et leur influence sur nos économies. Leur influence est telle que nous sommes quelques fois proches de la théorie du Chaos au sens premier, c’est-à-dire s’opposant à l’ordre et au déterminisme. Il nous faut alors résoudre cette équation impossible: imposer des règles pour réguler le chaos. L'importance accordée à tort à ces agences devrait plutôt nous réunir autour d'une question simple : comment pouvons nous accepter aujourd’hui que la vie de millions de personnes dépende d’un battement de cil de standard and Poors, de Moody’s ou encore Fitch ? Finalement, ces agences de notations ne sont que le fidèle reflet de marchés financiers régis par le Chaos dans lesquels les mouvements stochastiques rendent improbables, imprévisibles et difficilement possibles les choix de demain. La crise de 2008 et celle que nous nous connaissons actuellement – qui n’est au final qu’une suite logique- nous démontrent bien de quelle façon les acteurs intervenant sur les marchés financiers appréhendent la vie d’individus qui ne (sur)vivent que grâce à leur seule force de travail : comme les dommages collatéraux de loteries aléatoires, des variables d’ajustements au bon vouloir des actionnaires et des marchés.
Pour revenir à mes propos liminaires, c’est un acte de démocratie que de s’interroger sur la pertinence de ces agences. En 2007, Standard and Poor’s a attribué une note triple A à une émission de titres adossés à des crédits (CDO), en l'occurrence des crédits hypothécaires résidentiels, baptisée Delphinus, ces mêmes crédits hypothécaires qui ont poussé le monde dans la crise un an plus tard. Autant dire qu’ils ont commis une faute grave. D’ailleurs, le régulateur boursier américain (la SEC) a lancé fin 2011 une enquête à l’encontre de Standard and Poor's afin de contrôler leur totale impartialité. On voit bien les limites du système :
- 1 l’expert peut ne pas toujours être objectif
- 2 l’expert peut se tromper
Dans les deux cas précités, il en résulte une question fondamentale : comment sur un marché chaotique est-il possible de se prémunir des décisions des agences de notations dont les effets économiques sont difficilement prévisibles ? Ce n’est pas en tout cas dans l'instauration d' une taxe tobin light non coordonnée avec les autres pays européens que nous trouverons notre salut. Seule une politique monétaire et fiscale coopérative européenne nous permettrait de garantir une régulation plus efficace des marchés. Une Banque Centrale Européenne plus forte qui interviendrait directement dans l’économie et la création d’une agence publique de notation européenne sont des solutions concrètes aux problèmes.