Président du Conseil Général d'Ille-et-Vilaine

Exhortation aux donneurs de leçons mal placés

Tolérant, je crois l’être, et pourtant il m’arrive d’être fatigué, irrité devant la morgue, l’outrecuidance  de certains qui, à Paris, loin du cœur et des regards, ont conduit notre pays au désastre. Certes, il y a la crise mondiale mais ils ont démontré, bien avant, qu’ils pouvaient, à eux seuls, sans concours extérieur, casser la machine économique et sociale :

  • Ils ont, depuis 2002, vidé les caisses de l’Etat, augmenté la dette dans des proportions jamais atteintes (plus de 25 000 € par habitant) pour  financer des dépenses de fonctionnement, c'est-à-dire sans constitution de capital.
  • Ils ont creusé tous les déficits de la nation.
  • Ils ont multiplié les taxes injustes qui frappent le contribuable, le consommateur, les organismes mutualistes, le 1 % logement.
  • Ils votent des augmentations de crédits de fonctionnement pharaoniques pour l’Elysée ou à l’Assemblée Nationale et ouvrent des parachutes dorés pour les Ministres en disgrâce.
  • Ils ont transféré sur les finances locales des sommes considérables dans l’incapacité qu’ils étaient de faire face à leurs obligations et leur ont interdit d’augmenter les recettes, sauf aux dépens des ménages. Et sur ce point, parmi les collectivités, les départements chargés de l’action sociale, ont été particulièrement chouchoutés. On aurait aimé l’être moins.
  • Ils vont jusqu’à, sans vergogne, s’exonérer unilatéralement de leur engagement sacré de compenser les exonérations fiscales qu’ils décident. Quel poids peut avoir aujourd’hui la parole de l’Etat qui jusqu’alors bénéficiait du plus grand crédit ? Que veut dire aujourd’hui : garanti par l’Etat ?
  • Ils manient le mensonge comme un nouveau principe de gestion des affaires publiques pour prétendre, par exemple, que les dotations de l’Etat aux collectivités auraient augmenté. Je tiens les preuves du mensonge à disposition de quiconque voudrait les consulter.

Et puis, ils viennent ici, jusque dans nos bras, jouer les professeurs de morale et de bonne gestion après avoir multiplié les faveurs aux plus riches, amputé le pouvoir d’achat des classes moyennes et populaires, créé les travailleurs pauvres, développé la misère et le chômage. Ils proclament à qui veut les entendre que ce n’est pas bien d’augmenter les impôts alors que les impôts sont les moyens les plus équitables  d’ouvrir des droits à tous et notamment aux plus démunis de bénéficier de toutes les conditions de leur épanouissement, de la protection collective, de la sécurité et de la santé.

Notre dette s’établit à 450 €/habitant, fondée sur la valorisation de notre patrimoine ou celui des communes (elle est au moins de 25 000 €/habitant fondée sur rien ). Ils hypothèquent l’avenir de toute une jeunesse par la dette accumulée, les milliards jetés à la volée comme le semeur répand les graines autour de lui. Et c’est à nous qu’ils viennent, sans honte, faire reproche de mauvaise gestion. Ce qui prouve, au moins, tous les psychiatres vous le diront, qu’ils ont un peu de mauvaise conscience et le sentiment d’une lourde culpabilité

Mesdames, Messieurs, les bons apôtres, commencez donc par vous montrer vertueux, économes de nos finances, avant de nous excommunier pour hérésie. Tartuffe, c’est une comédie. Ici ça devient tragique.

 

Commentaires

Jean Louis ,bravo, poursuis

Jean Louis , bravo, poursuis ton engagement et tes prises de position courageuses .Pendant des années,nos supérieurs hiérarchiques et même certains de nos collègues n'ont vu en toi qu'un "joyeux troublion"agité par un "divertissement" politique des plus incertains.Désormais , s'ils en ont le courage, ils peuvent te regarder en face et se rendre compte de la force de tes convictions. Serge Martel

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édito par Jean-Louis Tourenne

 

J'ai souvent dit à quel point il me semblait inquiétant de voir se développer au sommet de l'Etat les pires des pratiques: un culte de l'argent immodéré, des liens inquiétants avec les puissants, les importants, une politique au service de ces derniers, au service des privilèges et au détriment des plus faibles.
Il se dit beaucoup de choses sur Eric Woerth, Liliane Bettancourt, sur "les enveloppes" qui auraient circulé de main en main. L'opacité encore, l'opacité toujours. Un scandale au sein d’un gouvernement, c’est déjà très inquiétant mais objectivement peu y ont échappé. Mais là l’heure est grave car ils se multiplient, s’ajoutent les uns aux autres, au point presque que l’un chasse l’autre.
Il se développe un climat nauséabond qui empêche que ne se tiennent les vrais débats, qui intéressent l'avenir des francais, comme celui sur la réforme des retraites....Mais peut être cela les arrangent-ils finalement
Beaucoup de bruit, en somme, et je n'en rajouterai pas.
Mais qui ne serait pas choqué d'entendre, aujourd'hui, Christian Estrosi comparer les interrogations légitimes adressées à Eric Woerth, dont les situations de conflit d'intêret sont évidentes, avec les campagnes menées contre Roger Salengro, ministre du Front populaire, et Pierre Beregovoy. Ces deux personnalités, que tous savaient intègres, et dont tous reconnaissaient le respect élevé qu'ils avaient pour la politique, et qui ont choisi de mettre fin à leur vie. M.Estrosi ajoute que ceux qui voudraient que la justice fasse son travail sont des personnes "assoifées de sang". Cela revient à comparer nos médias  aux journalistes de la revue nationaliste et antisémite Gringoire qui avaient poussé, en 1936, Roger Salengro à commettre l'irréparable. Le propos est grossier, le trait outrancier.
Nous vivons une crise. Une crise économique, sociale mais également institutionnelle et de plus en plus morale. Et les propos de M.Estrosi n'honorent ni la république ni ceux qui s'en disent les représentants, au plus au sommet de l'Etat.

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