Quand les français ont soif d’égalité des chances
C’est une enquête parue dans les pages Rebonds du Libération de ce jour. Signée par Daniel Cohen et Gilles Finchelstein, cette étude se propose de comparer la perception des inégalités dans des pays aussi divers que le Brésil, la Chine, la Suisse, l’Australie, la France, la Pologne et bien d’autres. Et c’est surtout une tentative, plutôt réussie, de mesurer ce qui est difficilement mesurable: notre sensibilité à l’injustice, notre capacité à la révolte, au refus du statu quo. Vaste programme, riche d’enseignements...
Les résultats montrent, ainsi, que les Français sont ceux qui ressentent le plus les injustices (73% pensent que la société est assez voir très injuste). Ils citent ainsi spontanément l’inégalité devant les salaires, l’accès au logement, aux soins, à l’éducation. Plus grave, 80% des français considèrent que les inégalités ont progressés ces dix dernières années.
Le chiffre est impressionnant. C’est un cri d’alerte. Les Français nous disent qu’ils ont soif d’égalité des chances, qu’ils veulent que tout le monde puisse gagner honnêtement sa vie, se loger, se soigner, proposer à leurs enfants une éducation et une formation qui leur permettron s de progresser.
C’est surtout un appel qui ne trouve, pour l’instant, aucun écho. L’impunité demeure la règle en matière de rémunération élevée, de bonus ou de « missions » plus ou moins indemnisées. Et les services publics sont toujours ce champ de bataille d’une droite décomplexée plus prompt au combat qu’au débat et qui cherche à liquider ce modèle social que les libéraux n’ont jamais accepté. Dans le même temps, les collectivités qui demeuraient des champs de l’action publique prêts à favoriser l’émancipation plutôt que l’exclusion sont rabaissées, étranglées, mises sous contrôle.
En ces temps d’austérité et de rigueur, dont Joseph Stiglitz -prix nobel d'économie- nous dit qu’elle nous mènera au désastre, c’est une politique qui va contre le sens de l’histoire, contre les classes moyennes et populaires, contre l’idée même du modèle républicain qui est le nôtre.
Je fais partie de la grande majorité des français, cette étude le prouve, qui refuse cette société où la raison du plus riche serait nécessairement la meilleure. Changer les règles du jeu pour aider ceux qui souffrent est donc une exigence première.