Qui a eu ces idées folles pour (ré)inventer l’école ?
En ce mois de septembre, qui sonne le tocsin de la rentrée, et notamment de la rentrée scolaire, je continue à m’insurger contre les fourberies des proches de l’UMP à l’égard de l’Education Nationale.
Aussi ai-je été surpris, ou plutôt devrais-je dire consterné, de lire les propositions de monsieur Dominique Reynié, directeur général du Think Thank de centre-droit et d’orientation libérale Fondapol. Appliquant à l’Education Nationale la formule magique du « travailler plus pour gagner plus », le voilà qui suggère de doubler le temps de présence des enseignants dans les établissements scolaires, ce qui leur permettrait de doubler leur salaire. Ne suffisait-il pas d’y penser !?
Arrêtons-nous là aurais-je envie de dire. Mais non, la fourberie de certains est sans limites. En lieu et place du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, monsieur Reynié préfèrerait le non remplacement de deux fonctionnaires sur trois, l’un des deux postes supprimés étant remplacé par un contrat de droit privé. A croire que, pour ces gens-là, le démantèlement de la fonction publique ne peut attendre. « Il faut être plus inventif » confie monsieur Reynié. On se passerait bien, pourtant, de ce genre d’inventions.
Et parce que pour les défenseurs d’un libéralisme exacerbé, l’aberration est sans limite, aucune mission ne devrait être prise en charge par l’Etat, ce qui implique que même les fonctions régaliennes de l’Etat (police, justice, système pénitentiaire, armée, défense nationale et diplomatie) pourraient être partagées avec le privé !
Presque plus de fonctionnaires, presque plus de missions, un Etat réduit à sa plus simple expression est-il encore un Etat digne de ce nom ? Là n’est pas la question, répondront les fervents défenseurs des idées farfelues que je viens de vous annoncer, puisque la priorité, c’est la réduction des dépenses publiques !
Je pourrais me contenter de taper sur les doigts des seuls groupes de réflexion qui portent des couleurs et des idées que je ne partage pas, et qui sont celles d’un parti qui n’est pas le mien. Mais n’ai-je pas déjà crié haut et fort sur ce blog que vérité, objectivité et responsabilité étaient à mes yeux des impératifs salutaires en politique ?
C’est pourquoi, je m’interroge aussi sur les récentes propositions d’un groupe de réflexion, cette fois-ci pourtant proche de mon parti politique. Je m’abstiendrai de citer son nom tant les mesures qu’il préconise traduisent à mon sens un glissement idéologique de la gauche, que je ne saurais cautionner.
Parmi ces mesures, celle qui aura fait couler le plus d’encre est l’appel à l’abandon des classes populaires, pour s’adresser en priorité aux classes moyennes. Historiquement pourtant, être socialiste, ce n’est pas tourner le dos aux plus mal lotis du capitalisme. C’est même le contraire. Surtout, s’obstiner à opposer les classes moyennes et les classes populaires relève à mes yeux du non-sens. La « constellation centrale » qu’était la classe moyenne a largement été déclassée, si bien que les frontières avec les classes populaires ont pour partie disparues.
Pour revenir plus directement à la thématique « éducation », ce Think-Thank soutient que le recours à l’Etat (et donc au seul impôt) est insuffisant pour financer les études dans le supérieur et préconise un triplement des droits d’inscription en licence et un quadruplement sur cinq ans en master et en doctorat. C’est encore, à mes yeux, pénaliser les étudiants issus des milieux les moins aisés, déjà qu’ils ne sont pas les plus nombreux à fouler les couloirs de l’université.
Bref, ils ont tous des idées folles pour essayer de (ré)inventer l’école ! Au Conseil général d’Ille-et-Vilaine, nous pensons que le problème éducatif ne peut être résolu à huis clos, en lançant des pavés – et quels pavés ! – dans la marre, mais appelle un véritable débat démocratique qui nous concerne tous.