
Notre président de la République s’est découvert une passion tardive pour le plateau des Glières, haut lieu de la Résistance française, où 129 maquisards ont perdu la vie face à la barbarie nazie en mars 1944. Artiste consommé du marketing, il prétend situer son action dans le droit fil de l’héritage légué par ces hommes et ces femmes qui ont donné leur vie pour que nous ayons une vie meilleure.
Adapter le programme du CNR aux problématiques du 21e siècle
Qu’en est-il en réalité de son action ? Elle vise principalement à mettre en place la feuille de route dressée par Denis Kessler, ex-vice président du MEDEF : « c’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance » (source : magazine challenges du 4 octobre 2007). Tout est dit et c’est effrayant.
Rappelons que le Conseil national de la Résistance (CNR), mis en place par le Général de Gaulle en 1943, rassemblait toutes les forces vives du pays et de la Résistance, hostiles au gouvernement de Vichy : la Résistance intérieure, les partis politiques de droite comme de gauche et les deux grands syndicats d’avant guerre (CGT et CFTC). En 9 mois de travaux clandestins, ses membres ont posé les bases de la libération. Celles d’une société plus juste, plus harmonieuse, plus solidaire. Nous leur devons notamment les services publics, le droit du travail, la sécurité sociale, le système de retraites par répartition…
Dans une France exsangue et en ruine, avec des caisses vides et un pays entier à reconstruire, le CNR, dans la richesse de la diversité de ses participants ayant en commun l’amour de la France et de leurs concitoyens, a privilégié le lien social. Après les horreurs de la guerre, ses membres ont compris qu’en rassemblant les français autour d’un projet commun, auquel chacun participe selon ses moyens et reçoit selon ses besoins, ils bâtiraient enfin « les jours heureux », titre de leur programme, ici et maintenant.

Bien sur, le monde a changé depuis 65 ans. Mais au lieu de rassembler les syndicats, les partis, les associations pour adapter ensemble, le programme du CNR aux problématiques du 21e siècle (mondialisation, compétitivité des entreprises, environnement…), le pouvoir en prend prétexte pour justifier tous les renoncements au profit de quelques-uns.
Fragiliser les retraités, c’est se tirer une balle dans le pied
La nature comme l’esprit des relations sociales de ces 30 prochaines années se joue aujourd’hui avec la question de retraites. Les Français l’ont bien compris qui refusent massivement que l’on touche à l’âge de départ à la retraite. Ce n’est pas un totem, c’est un droit social chèrement acquis ! Economiquement comme socialement, il importe de démontrer notre capacité à permettre à celles et ceux qui ont cessé leur activité de trouver leur place dans une société qui, malheureusement, fait l’argent roi. Il est essentiel que les retraités – et c’est bien le minimum qui leur est dû- puissent vivre dignement, être moteur de l’activité et force de cohésion sociale. En les fragilisant, notre pays se tirerait une balle dans le pied, tant il est vrai que par ricochet c’est toutes les composantes de la société que l’on fragiliserait (consommation des ménages, dynamisme associatif, solidarité familiale…).
Considérer que la question du régime de retraites n’est pas de la compétence des départements serait réducteur : les départements, en charge des politiques de prise en charge des personnes âgées, sont pleinement responsables, car ils auront à gérer demain une situation dramatique : celle de devoir définir une politique tarifaire pour l’accueil en établissements, alors que les pensions, déjà très faibles, seront à la baisse.
En effet, avec habileté, le gouvernement prétend régler le problème du financement des retraites (problème démographique), en allongeant la durée de cotisation, sans toucher aux 60 ans. Or, c’est omettre que le taux d’activité des salariés âgés de plus de 55 ans est parmi les plus faibles d’Europe (38.2% contre une moyenne de 45.6%), précisément parce que les entreprises se débarrassent de leurs travailleurs âgés présumés trop couteux.
De fait en allongeant uniquement la durée de cotisation, tout en excluant tout débat sur le volet recettes (sauf un prélèvement cosmétique sur les salaires supérieurs à 11 000 euros), le gouvernement décide bel et bien la baisse des pensions servies, après les avoir découplées de l’évolution des salaires et indexées sur le pouvoir d’achat.
Retrouver l’esprit de la Résistance et rebâtir « les jours heureux »
S’il n’est pas disposé à retrouver l’esprit de la Résistance, le gouvernement doit avoir le courage d’assumer ses options, qui privilégient quelques-uns au détriment du plus grand nombre, en consultant les Français sur une base la plus large possible. Et pourquoi ne pas soumettre ses options régressives au Référendum des français ? S’il est si sur de leur accord pourquoi programme-t-il l’examen de ce texte au Conseil des ministres du 13 juillet ?! C’est proprement scandaleux !
La vérité est que monsieur Sarkozy ne répond aucunement à la principale question pour les décennies à venir : celle du financement solidaire des dépenses sociales, notamment de santé et de retraite. Nos concitoyens ont voix au chapitre concernant ce sujet majeur. Plus en tout cas que monsieur Kessler et les thuriféraires du Medef au sein du gouvernement. Des choix devront certainement être faits, mais si les citoyens n’y prennent garde, ce sera ceux des néolibéraux, c'est-à-dire des abandons purs et simples de dépenses sociales essentielles, avec des conséquences dramatiques en matière de lien social !
Nous devons peser sur le prochain débat parlementaire en réclamant la seule solution juste, équitable et acceptable : un financement mettant réellement à contribution l’ensemble des ressources de notre pays, y compris ceux du capital et des stock-options ! Les riches ne doivent pas rester des citoyens de seconde zone : ils ont aussi le droit de contribuer aux efforts douloureux exigés des plus humbles !
Nous devons collectivement dire non à ces choix de classe. Nous devons résister à la doxa des marchés financiers et des agences de notations dont nous payons les errements, pour réclamer un vrai débat sur notre protection sociale, un débat engageant la nation dans son entier et d’où sortirons des choix partagés qui feront sens.
Voilà bien un débat structurant, s’il en est, y compris en matière d’identité nationale au sens noble. Le Président de la République en sortirait grandi en l’organisant, tout en rassemblant les Français dans la période de crise sans précédent que nous vivons et dont nous paierons longtemps les conséquences. Si nous n’y prenons garde, demain c’est la sécurité sociale qu’on abattra tout en rendant hommage aux Résistants. Le problème est simple, il est le même qu’en 1943, il nous concerne tous : quelle société voulons-nous ?
Nicolas Sarkozy continue de diviser les français!
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