La mystification, l’image de volontarisme qu’il s’était forgée, auront tout de même tenu quelques années :
La performance n’en est pas moins exceptionnelle. Ce n’est pas rien, d’avoir réussi à créer l’illusion, pendant 8 ans, du politique différent, courageux, capable de saisir tout problème à bras le corps et de le résoudre plus vite que son ombre. Si c’est contraire à ma conception de la politique, je suis admiratif devant la prouesse du prestidigitateur et sa connaissance intuitive de l’âme humaine. Il nous sait pusillanimes, rêveurs, prêts à accorder à nos dirigeants le bénéfice de la compétence. Il sait, Monsieur le Président, que nous pouvons nous poser, nous-mêmes, des œillères. Le magicien qui sème dans une poussière d’étoiles des perspectives de bien-être, peut bien secréter de l’adhésion. Par besoin, par confort, par facilité, par générosité….
Mais le voile se déchire, le vrai visage apparaît, dans l’abandon en rase-campagne de la plupart des réformes amorcées. N’ont tenues que celles qui n’offraient aucune autre porte de sortie – les retraites – où exigées par les amis si chers (aux deux sens du terme ?). Ainsi le bouclier fiscal.
Y-a-t’il une pensée, une philosophie, une certaine vision de la société, propres à Nicolas Sarkozy ? Si oui, on n’en trouve pas trace dans la politique, menée au fil des sondages depuis 2002. Au Ministère de l’Intérieur quand, en dépit des rodomontades, les faits de violence n’ont cessé d’augmenter. Au Ministère des Finances quand les exonérations accumulées ont creusé profondément les déficits. A la Présidence le la République et tant de promesses faîtes non tenues : le pouvoir d’achat, le travailler plus, la réduction de la fiscalité, la République irréprochable, la sécurité, l’extension des libertés…. Une seule réforme aura été conduite – hélas – à son terme. C’est celle qu’il avait promis de ne pas engager : celle des retraites.
Par quelle rage destructrice peut-on conduire, en si peu de temps, un pays à la ruine, à la perte de ses repères, à la division, à la discorde ?
Comment ne pas distinguer dans la procédure de constitution de ce nouveau gouvernement Fillon, ce qui fait l’essence du Président le la République. Un personnage qui joue, en permanence à celui qu’il aurait voulu être. Rôle de composition, celui du courageux, de l’inflexible, de l’actif quand il est tout le contraire : angoissé devant les sondages, si ami des puissants, montrant ses muscles en toutes circonstances. Une attitude cynique quand les rapports de force lui sont favorables, humiliante quand le pouvoir ne lui est pas contesté. Il suffit de se rappeler le mépris affiché, au lendemain de son élection, à l’égard des parlementaires, des juges, des enseignants, des journalistes, des syndicats … il multiplie, en public, les déclarations guerrières et les petites soumisions privées : à Cécilia, à Carla, à Laurence Parisot, à ses amis milliardaires ( les jeux en ligne, le bouclier fiscal etc..)
La bouffonnerie du remaniement n’est pas une manifestation de cynisme, au contraire, c’est l’aveu d’une faiblesse terrible et inquiétante.
Huit mois pour prendre une décision !!! pas par jeu. Il sait que le temps et le suspens jouent contre lui. Il temporise, par incapacité à trancher, à choisir donc à éliminer. Les atermoiements sur le nom du premier ministre : volonté d’humilier Borloo ? ce serait sous-estimer l’intelligence politique du Président. Il a cru pouvoir l’imposer à ceux qui, hier, le redoutaient et avançaient soumis… et qui n’hésitent plus à exiger. Le rapport de force s’est inversé et l’acteur formidable d’hier s’est mué en ombre de lui-même. Napoléon n’est plus que le roitelet de l’île d’Elbe. Waterloo a succédé de peu à l’Austerlitz de 2007.
C’est la restauration de l’ordre RPR, avec ses ultras. Mais en réalité, sous les apparences, c’est tout l’édifice de droite qui se fendille et se lézarde.
Reconstruire devient une urgence. Sur des fondations au ciment solide, sur des valeurs partagées de solidarité, de laïcité, de justice sociale, d’égalité des chances. La France ne saurait se rassembler que sur un projet de société fraternelle, ouverte qui offre à chacun les conditions de réussir sa vie, de donner un sens à son existence.
Commentaires
ça radote au PS
Il faut admettre que cette réforme des retraites était un gros chantier qui a été bouclé avec maestria. Quand on échoue dans la mise en place d'un chantier de moindre envergure (au hasard la plateforme logistique de Chateaubourg par exemple), on évite de donner des leçons à ses concurrents il me semble...
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