Lors de ma dernière visite cantonale, celle du Canton de Rennes Centre Sud, je me suis rendu aux Restos du Cœur rue de l’Alma. Encore une fois, j’ai constaté le travail formidable réalisé par les bénévoles, leur humanité et leur attention à l’autre quel qu’il soit. Comment ne pas être admiratif devant tant de constance dans l’implication, quand la tache s’apparente à essayer de vider le tonneau des danaïdes avec une petite cuillère, quand chaque jour s’allongent un peu plus ces interminables files d’attente, à l’entrée, dès 8h30 le matin. Elles nous renvoient à l’état de notre société : rassurant quand on voit les bonnes volontés en action sans relâche, inquiétant quand chaque jour voit augmenter la cohorte des exclus d’un système qui ne tourne plus rond et a perdu ses valeurs de solidarité. Bien entendu, j’avais déjà lu ces chiffres bouleversants qui révèlent que 8,2 millions de français vivent en-dessous du seuil de pauvreté. Mais mardi dernier, j’ai vu que rien ne s’était amélioré depuis mes dernières visites. Ces images sont inacceptables. Je ne les accepte pas.
Alors, pour partager ce malaise, et pour interpeller, j’ai voulu consacrer un billet à ce sujet. Et pour ne pas oublier que la France est un pays où plus il y a de très riches, plus il y a de très pauvres. Ce qui n’est pas soutenable.
C’est ainsi qu’on voit s’allonger les queues aux points de distribution de repas gérés par les associations humanitaires qui tentent de contenir les effets pervers des politiques d’un gouvernement qui ne peut à la fois nourrir les vautours de la finance et les pauvres. Pour ces derniers, le quotidien n’est que comptabilité au centime près, débrouille, bref la survie, ou même oserais-je dire la mort à petit feu. Personne ne choisit de vivre dans des conditions pareilles, quoi qu’en disent les membres de l’UMP qui dénoncent l’assistanat parmi les bénéficiaires du RSA. Difficile de trouver une justification à de telles déclarations, quand la pauvreté prend de telles ampleurs et quand on sait que la fraude aux prestations sociales ne représente que 0,15% des allocations versées.
Alors je reprendrais à mon compte cette déclaration de Victor Hugo, prononcée lors d’un discours à l’Assemblée Nationale en juillet 1849 : « je suis de ceux qui pensent et affirment qu’on peut détruire la misère ». Pour cela, il y a des arbitrages politiques à décider et qui n’ont rien à voir avec des décisions qui viendraient encore détériorer la situation des personnes qui sont déjà dans des situations de vulnérabilité. Je pense par exemple à une taxation des mutuelles de santé ou à une réduction des indemnités pour les accidentés du travail, et j’en passe.
En cette période électorale, on ne peut échapper à ce débat majeur autour des mesures, urgentes, nécessaires, qu’il faudra prendre pour conjurer la marginalisation d’un nombre toujours plus croissant de nos concitoyens.
Philosophiquement, sans tomber dans un angélisme préjudiciable à toute action politique, il s’agit de s’opposer à ces possédants riches et bien pensants qui considèrent que les pauvres sont des fraudeurs, que le RSA est un privilège et les aides sociales des archaïsmes. Osons tout simplement poser les questions qui fâchent, demandons-nous s’il est tolérable que quand certains s’appauvrissent outre mesure, d’autres s’enrichissent dans des proportions qui sont des outrages au bon sens et à l’humanisme.
Concrètement, il s’agit de réfléchir à des mesures anti trappes à pauvreté. François Hollande propose d’utiliser l’arme fiscale. Celle-ci pourrait financer un « bouclier social » qui serait aux pauvres ce que fut le « bouclier fiscal » de Nicolas Sarkozy aux riches. François Hollande promet ainsi de revenir sur les allègements de l’impôt sur la fortune institués en 2011, de renforcer les moyens de lutter contre la fraude fiscale et de créer une tranche supplémentaire de 45% pour les revenus supérieurs à 150 000 euros par part.
Il faudra communiquer davantage, aussi, autour du RSA, dé-complexifier les procédures, et lutter contre cette idée, qui demeure tenace, encore plus en période de crise, que certains préfèrent rester chez eux plutôt que travailler, alors que dans les faits, un tiers des foyers éligibles au RSA ne s’en saisissent pas. Un nombre important de nos concitoyens refuse de dépendre de l’aide sociale, de peur d’être montré du doigt...
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