Blog personnel du président du Conseil Général d'Ille-et-Vilaine (© Copyright Jean-Louis Tourenne 2009)

"Je suis de ceux qui pensent et affirment qu'on peut détruire la misère" ...

 

Lors de ma dernière visite cantonale, celle du Canton de Rennes Centre Sud, je me suis rendu aux Restos du Cœur rue de l’Alma. Encore une fois, j’ai constaté le travail formidable réalisé par les bénévoles, leur humanité et leur attention à l’autre quel qu’il soit. Comment ne pas être admiratif devant tant de constance dans l’implication, quand la tache s’apparente à essayer de vider le tonneau des danaïdes avec une petite cuillère, quand chaque jour s’allongent un peu plus ces interminables files d’attente, à l’entrée, dès 8h30 le matin. Elles nous renvoient à l’état de notre société : rassurant quand on voit les bonnes volontés en action sans relâche, inquiétant quand chaque jour voit augmenter la cohorte des exclus d’un système qui ne tourne plus rond et a perdu ses valeurs de solidarité. Bien entendu, j’avais déjà lu ces chiffres bouleversants qui révèlent que 8,2 millions de français vivent en-dessous du seuil de pauvreté. Mais mardi dernier, j’ai vu que rien ne s’était amélioré depuis mes dernières visites. Ces images sont inacceptables. Je ne les accepte pas.
 
Alors, pour partager ce malaise, et pour interpeller, j’ai voulu consacrer un billet à ce sujet. Et pour ne pas oublier que la France est un pays où plus il y a de très riches, plus il y a de très pauvres. Ce qui n’est pas soutenable.
 
C’est ainsi qu’on voit s’allonger les queues aux points de distribution de repas gérés par les associations humanitaires qui tentent de contenir les effets pervers des politiques d’un gouvernement qui ne peut à la fois nourrir les vautours de la finance et les pauvres. Pour ces derniers, le quotidien n’est que comptabilité au centime près, débrouille, bref la survie, ou même oserais-je dire la mort à petit feu. Personne ne choisit de vivre dans des conditions pareilles, quoi qu’en disent les membres de l’UMP qui dénoncent l’assistanat parmi les bénéficiaires du RSA. Difficile de trouver une justification à de telles déclarations, quand la pauvreté prend de telles ampleurs et quand on sait que la fraude aux prestations sociales ne représente que 0,15% des allocations versées.
 
Alors je reprendrais à mon compte cette déclaration de Victor Hugo, prononcée lors d’un discours à l’Assemblée Nationale en juillet 1849 : « je suis de ceux qui pensent et affirment qu’on peut détruire la misère ». Pour cela, il y a des arbitrages politiques à décider et qui n’ont rien à voir avec des décisions qui viendraient encore détériorer la situation des personnes qui sont déjà dans des situations de vulnérabilité. Je pense par exemple à une taxation des mutuelles de santé ou à une réduction des indemnités pour les accidentés du travail, et j’en passe.
 
En cette période électorale, on ne peut échapper à ce débat majeur autour des mesures, urgentes, nécessaires, qu’il faudra prendre pour conjurer la marginalisation d’un nombre toujours plus croissant de nos concitoyens.
 
Philosophiquement, sans tomber dans un angélisme préjudiciable à toute action politique, il s’agit de s’opposer à ces possédants riches et bien pensants qui considèrent que les pauvres sont des fraudeurs, que le RSA est un privilège et les aides sociales des archaïsmes.  Osons tout simplement poser les questions qui fâchent, demandons-nous s’il est tolérable que quand certains s’appauvrissent outre mesure, d’autres s’enrichissent dans des proportions qui sont des outrages au bon sens et à l’humanisme.
 
Concrètement, il s’agit de réfléchir à des mesures anti trappes à pauvreté. François Hollande propose d’utiliser l’arme fiscale. Celle-ci pourrait financer un « bouclier social » qui serait aux pauvres ce que fut le « bouclier fiscal » de Nicolas Sarkozy aux riches. François Hollande promet ainsi de revenir sur les allègements de l’impôt sur la fortune institués en 2011, de renforcer les moyens de lutter contre la fraude fiscale et de créer une tranche supplémentaire de 45% pour les revenus supérieurs à 150 000 euros par part.
 
Il faudra communiquer davantage, aussi, autour du RSA, dé-complexifier les procédures, et lutter contre cette idée, qui demeure tenace, encore plus en période de crise, que certains préfèrent rester chez eux plutôt que travailler, alors que dans les faits, un tiers des foyers éligibles au RSA ne s’en saisissent pas. Un nombre important de nos concitoyens refuse de dépendre de l’aide sociale, de peur d’être montré du doigt...
 

 

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édito par Jean-Louis Tourenne

 

En passant par une SCOP ...

 
 
J’étais invité jeudi matin par Réso Solidaire à la visite d'une SCOP (Société Coopérative et Participative) qui se trouve au Rheu, près de Rennes. J’en profite d’ailleurs pour les remercier une nouvelle fois de leur sympathique invitation qui me fut par ailleurs très instructive et intéressante. Créée  il y a plus de 30 ans , cette société est devenue un acteur majeur du territoire et a  su développer des compétences  sur de nombreux projets transversaux grâce à des équipes pluridisciplinaires de qualité. Elle démontre surtout que l’organisation sous forme de SCOP est une réponse alternative à un modèle centralisé dans lequel la propriété de l’entreprise est dans les mains d’actionnaires qui n’en ont que faire de la situation des salariés, voire même dans certains cas  (nombreux ?), font pression sur leurs  conditions  de travail afin d’avoir un retour rapide sur investissement et à des taux élevés. Dans cette SCOP, le lien entre salariés , Pdg, citoyens est tenu, chacun étant un peu tout à la fois. Il en ressort, un bien être de tous, chacun se retrouvant au cœur des décisions de l’entreprise. Le partage des décisions, le partage des profits, la copropriété des moyens de production ne sont pas des utopies. L’économie peut très bien être prospère, générée de la croissance, et fonctionner sur un mode coopératif. Car ce qu’il ressort profondément de cette visite, c’est la capacité qu’ont  eu les salariés à coopérer et trouver un mode de fonctionnement qui leur soit propre. Ils partagent tous les mêmes intérêts, les mêmes objectifs. Ils partagent évidemment tous les mêmes valeurs, la même vision de la solidarité et de l’égalité face au travail. Alors certes, le modèle de société coopérative est fragile et repose sur une coopération de tous les instants. C’est un défi que nous pouvons et devons relever afin d’imaginer d’autres mode de production. Les enjeux sont de taille si nous voulons réinventer la place de l’Homme au sein de l’entreprise.
 
François Hollande a d’ailleurs bien saisi toute l’importance de soutenir ce mode d’organisation. C’est en ce sens qu’il a répondu à la sollicitation du Réseau des SCOP pour leur dire combien il désirait engager des réformes en faveur des modèles coopératifs. Ainsi, il annonçait que le rachat d’entreprises par leurs salariés pourrait représenter une solution pour éviter l’hémorragie actuelle d’entreprises. Par ailleurs, afin d'engager les changement nécessaire, dans ce même courrier, François Hollande proposait que de nouvelles dispositions soient prises rapidement dont certaines pourront être incluses, dès l’automne 2012, dans la loi de programmation du développement de l’économie sociale et solidaire. Le changement est donc bien en cours!
 
Le département continuera à s’engager pour promouvoir de nouvelles formes d’organisation, pour promouvoir l’économie sociale et solidaire et pour défendre les entreprises du territoire. L’actualité économique de ces derniers mois nous prouve que nous devons défendre une vision progressiste de l’entreprise et qu’il ne faut rien relâcher. Nos politiques, nos actes et nos actions en sont les preuves. Elles sont aux services de l’emploi, du développement durable, de l’aménagement du territoire et donc du maintien de l’Ille-et-Vilaine comme un département dynamique tourné vers ses habitants.

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