Fidèle lecteur de ouest-France (édition du 2 décembre 2009), j’y ai appris que le nombre de bénéficiaires du RSA de base, qui remplace le RMI et l'API (Allocation parent isolé), a augmenté de 4,4% de juin à septembre, passant à 1,26 million de foyers, selon des chiffres du Haut commissariat aux Solidarités actives apparemment satisfait.
Est-ce à dire que le RSA ca marche ? Non. Regardons de plus près. Le RSA se décline en un RSA de base, dit "RSA socle", qui remplace le RMI et l'API, payé par les Départements, et un "RSA activité", versé par l’Etat en complément d'un faible revenu de travail. Or que constatons-nous ? Seul le RSA socle (RMI et API payé par les Départements) augmente, signe d’une forte montée de la précarité, due à la hausse du chômage. En effet, le RSA dit activité, lui, n’a concerné en septembre que 370.000 foyers seulement pour un objectif initial de 2,1 millions, ramené à 1,6 million par Martin Hirsch. On est donc loin de l’ambition de retour à l’emploi du plus grand nombre.
Autre preuve que ca ne marche pas ? Le gouvernement fait d’ores et déjà des économies sur les maigres recettes affectées au financement du « RSA activité ». Ainsi la commission des Finances du Sénat considérant « surestimées » les dépenses prévues au titre de 2010, a voté dernièrement un amendement au projet de loi de Finances réduisant de 500 millions d'euros les crédits affectés au RSA ! Et pour 2011 ? C’est pire : les rapporteurs évaluent à plus de 800 millions d'euros les économies à réaliser…. Quelle confiance dans l’efficacité de l’action du gouvernement !
Peut-on au moins se réjouir que les personnes ayant quitté le dispositif aient retrouvé un emploi stable à temps plein ? Malheureusement, non. Si le nombre de personnes perdant le bénéfice du RSA a lui aussi sensiblement progressé (76.000 en septembre contre 23.000 en août), ces sorties sont dues pour l’essentiel au dépassement des plafonds de ressources (sans autre précision !) et pour une part non-négligeable à des suspensions administratives (non-respect de la nouvelle obligation de déclarer ses ressources tous les trois mois).
Conclusion : le RSA ne marche pas, malgré l’énorme battage qui a accompagné son lancement. Etait-ce prévisible ? OUI. Dès l’annonce de la généralisation du dispositif, sans tenir compte des expérimentations en cours, nous avions fortement mis en garde Martin Hirsch contre tous les travers que nous constatons aujourd’hui. Nous voulions une « révolution sociale », nous n’avons qu’un petit pas. Fallait-il faire diversion au moment du vote du bouclier fiscal ?
Les Départements paieront la facture alourdie du RSA socle et de l’Allocation Parent Isolé que l’Etat leur a transférée. L’Etat s’en sort très bien puisque le « RSA activité » (pour ceux qui travaillent) est bien loin d’avoir atteint ses objectifs. Et les riches peuvent continuer de se réjouir. Protégés par le bouclier fiscal, ils n’ont en aucune façon participé à la lutte contre la misère. Seules les classes moyennes et les plus démunis ont apporté une contribution. Un marché de dupes que nous avions déjà dénoncé.
Commentaires
Poster un nouveau commentaire