
C’est l’histoire d’un Président qui voulait incarner une autre façon de faire de la politique, volontaire, et qui devait réformer la France, coûte que coûte, jusqu’au terme du mandat que lui avaient donné les français. C’est l’histoire d’un Président qui fustigeait ses prédécesseurs, qu’il comparait volontiers aux « rois fainéants » du moyen-âge. C’est l’histoire d’un Président qui devait être celui du « pouvoir d’achat ». C’est l’histoire d’un Président qui avait fait de la réforme de la « dépendance » une priorité du quinquennat. C’est finalement l’histoire d’un Président qui, faute de renoncer aux cadeaux distribués aux plus riches, aura bien renoncé à toutes les mesures de progrès qu’attendent les plus nombreux de nos concitoyens.
Ainsi, après des mois de discussions, après que l’immense majorité des acteurs du monde médico-social se soit prononcé et ait produit maintes contributions sur le sujet, le Président, alerté qu’il fut par la brillance de ses chargés de communication, a décidé de renvoyer à « plus tard » les mesures attendues pour accompagner la perte d’autonomie des personnes âgées.
Je ne peux que regretter cette démission. Bien entendu, d’aucuns observeront avec soulagement que ce retrait nous évitera une contre-réforme supplémentaire de régression sociale. Il est vrai, en effet, que certaines des propositions avancées par quelques-uns des parlementaires de l’UMP étaient des plus inquiétantes : resserrement du niveau d’intervention et menace sur les politiques de prévention (via la suppression du gir 4), financement par l’assurance privée et par le recours généralisé sur les successions …
Il n’empêche : les personnes âgées, leurs familles, les associations et les départements feront les frais de cet immobilisme. Chacun sait quelles difficultés rencontre aujourd’hui notre système de prise en charge publique : les dispositifs d’aide aux aidants sont largement insuffisants, le reste à charge en établissement ne cesse de croître, le secteur de l’aide à domicile est asphyxié (des milliers d’emplois sont menacés) et les départements sont ruinés de l’absence d’une compensation à la hauteur des transferts de charges opérés par l’Etat.
Moralité : ce revirement n’aura pour effet que d’accroître les inégalités existantes. Les plus riches, auxquels on aura pris soin de soustraire une partie de l’ISF, mobiliseront leurs ressources personnelles pour financer les mesures nécessaires à leur autonomie, quand les plus modestes devront se satisfaire de l’aide sociale et des mesures réglementaires que pourront financer des conseils généraux obligés de se serrer la ceinture. Evidemment, les associations et usagers se tourneront vers les interlocuteurs de proximité que nous sommes pour exiger de meilleures conditions d’intervention publique. On connaît la chanson, la boucle est bouclée ….
L’autonomie des personnes âgées, le vieillissement de nos aînés, vaut mieux que ce médiocre tour de passe-passe. Nous autres, au Conseil Général d’Ille et Vilaine, faisons le choix de la solidarité intergénérationnelle : contre vents et marrées, nous protégeons la solidarité des restrictions budgétaires que nous impose la politique du gouvernement. Pour seul exemple, je citerais le supplément extra-légal d’APA que nous versons pour permettre aux associations d’aide à domicile d’intervenir partout et dans les meilleures conditions sur le territoire départemental.
Parce qu’il est un nouvel âge de la vie, le quatrième âge cristallise les batailles idéologiques qui précèdent les modèles de société défendus. Ainsi, la droite veut laisser cette manne au marché et aux initiatives privées. En 2012, la gauche et les socialistes présenteront un projet qui proposera de faire de l’autonomie des personnes âgées, un droit nouveau et universel de notre société.
En passant par une SCOP ...
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