Blog personnel du président du Conseil Général d'Ille-et-Vilaine (© Copyright Jean-Louis Tourenne 2009)

Mes lectures estivales...

 

Il y a plusieurs façons d’appréhender la résolution de problématiques, de systèmes complexes, auxquels nous sommes tous les jours confrontés. En tant qu’élu et Président du Conseil Général, le nombre de ces problématiques augmente de façon exponentielle d’autant plus que nos marges de manœuvres paraissent limitées. Je dis « paraissent »   car il me semble que tout n’est pas si simple, que les dés ne sont pas jetés d’avance et que les élus –d’autant plus locaux- peuvent encore agir sur la qualité de vie des citoyens, sur le développement économique et donc sur l’emploi.
 
Au hasard de mes lectures estivales, je me suis amusé à pratiquer le jeu des analogies entre ma vision de l’action politique et les récits que  je parcourais.
 
En premier lieu, j’avais déjà vu le film, la Moustache, l’adaptation du roman éponyme par son auteur lui-même, Emmanuel Carrère,  et j’avais déjà été convaincu par les talents de ce dernier en tant que metteur en scène.  Cet été, j’ai de nouveau succombé à  « la Moustache », mais cette fois-ci, le Roman (1986). Pour rappeler rapidement, la trame de l’histoire, imaginez que sur un coup de tête vous décidiez de raser une moustache que vous portez depuis plus de 10 ans…mais qu’aucune personne de votre entourage ne le remarque ! Perte de repères, perte de la réalité, paranoïa, théorie du complot, psychoses multiples deviennent alors votre quotidien. Le personnage du livre en perd tout sens de la réalité, ainsi que le lecteur qui, entrainé dans son délire, se met lui-même à douter. Douter de la réalité, douter du vrai, penser que sa vision du monde est juste, ne plus faire la différence entre le vrai et le faux, nous font entrer dans un véritable thriller psychologique, nous tenant en haleine jusqu’à la dernière page…Alors, quelle analogie avec la politique me direz vous ? Et bien, il me semble - sans aller jusqu’à la psychose- que dans de nombreux cas, certaines décisions politiques sont prises en dehors de toute réalité, de toute considération du réel voire que la notion de réalité n’est pas la même. Pourtant il n’y a bien qu’une réalité sociale et économique possible. La refuser, c’est sombrer dans le néant et surtout empirer la situation en prenant les mauvaises décisions. Mais encore faut-il être capable de prendre de la hauteur, d’évaluer nos choix au regard de toutes les conséquences possibles. Bref d’adopter une approche analytique. Transition qui me permet ainsi de vous parler d’une autre de mes lectures estivales.
 
J’ai pris plaisir à relire cet été quelques nouvelles d’E. A. Poe dont Double assassinat dans la rue Morgue (1841) et La lettre volée (1844). Traduite par Charles Baudelaire, ces récits dépeignent les enquêtes résolues au nez et à la barbe du Préfet par Le Chevalier Dupin, détective français des plus brillants, dont le talent réside dans ses capacités analytiques de déductions grâce à ses dons d’observation bien au-dessus de la moyenne. Je vois dans ce personnage, deux grands intérêts. Tout d’abord littéraire évidemment. A. Dupin est en effet la genèse du Détective moderne tels que S. Holmes, H. Poirot voire Colombo. Ce sont donc deux nouvelles d’une grande modernité, injustement incomprises à l’époque. Ensuite, les raisonnements de Dupin sont terriblement intéressants de par leur approche. Dans Double assassinat dans la rue  Morgue, le récit se termine par les phrases suivantes (Parlant du Préfet): « Je l’adore particulièrement pour un merveilleux genre de cant auquel il doit sa réputation de génie. Je veux parler de sa manie de nier ce qui est et d’expliquer ce qui n’est pas ». Cette dernière phrase, reprise de la Nouvelle Eloïse de Rousseau, résume assez bien l’esprit de Dupin (Poe ?). Pour être plus clair, A. Dupin/Poe explique tout au long de la nouvelle, que chaque problématique doit être prise sous le plus grand angle possible et que l’analyse doit se faire en étant capable d’aborder le problème sous un angle pluridisciplinaire et non unique. En ce sens, A. Dupin est à l’origine des sciences cognitives, de la « pensée de la pensée ». Ainsi, Poe/Dupin est très critique envers les approches analytiques purement mathématiques et mécaniques. D’ailleurs, le récit débute ainsi « Les facultés de l’esprit qu’on définit par le terme analytiques sont en elles-mêmes fort peu susceptibles d’analyse . En effet, Dupin déplore le manque de recul des enquêteurs, souvent le « nez dans le guidon »  incapables de se rendre compte de l’évidence. Je pourrais m’étendre encore sur Edgar Alan Poe, mais là n’était pas l’objectif de ce billet. Parce que la question essentielle que je tenais à partager, était de savoir en quoi Dupin/Poe me parlait de l’action politique mais aussi de faire le lien avec La Moustache.  »
 
Tout comme dans la Moustache, il y a dans les deux nouvelles d’E. A. Poe, une relation au réel, à la vérité, au vrai et à la façon de les percevoir. Chez Emmanuel Carrère, cette perception de la réalité est altérée par la maladie, chez E. A. Poe, c’est le manque de recul et d’ouverture d’esprit qui empêchent les enquêteurs de trouver la vérité. Dans les deux cas, chacun à leur façon ont une vision étroite ou erronée du vrai, mais sont convaincus qu’elle est juste et unique. Ce n’est pas ma vision de l’action politique qui nécessite de prendre de la hauteur, d’identifier les vrais problèmes (les inégalités, les injustices,…), et donc de prendre les décisions qui peuvent parfois sembler surprenantes mais qui sont pourtant évidentes. La mise en œuvre d’une monnaie complémentaire locale en est le meilleur exemple. J’y reviendrai dans un autre billet tant cette approche revêt un caractère global et qu’elle va à l’encontre des présupposés.

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édito par Jean-Louis Tourenne

 

En passant par une SCOP ...

 
 
J’étais invité jeudi matin par Réso Solidaire à la visite d'une SCOP (Société Coopérative et Participative) qui se trouve au Rheu, près de Rennes. J’en profite d’ailleurs pour les remercier une nouvelle fois de leur sympathique invitation qui me fut par ailleurs très instructive et intéressante. Créée  il y a plus de 30 ans , cette société est devenue un acteur majeur du territoire et a  su développer des compétences  sur de nombreux projets transversaux grâce à des équipes pluridisciplinaires de qualité. Elle démontre surtout que l’organisation sous forme de SCOP est une réponse alternative à un modèle centralisé dans lequel la propriété de l’entreprise est dans les mains d’actionnaires qui n’en ont que faire de la situation des salariés, voire même dans certains cas  (nombreux ?), font pression sur leurs  conditions  de travail afin d’avoir un retour rapide sur investissement et à des taux élevés. Dans cette SCOP, le lien entre salariés , Pdg, citoyens est tenu, chacun étant un peu tout à la fois. Il en ressort, un bien être de tous, chacun se retrouvant au cœur des décisions de l’entreprise. Le partage des décisions, le partage des profits, la copropriété des moyens de production ne sont pas des utopies. L’économie peut très bien être prospère, générée de la croissance, et fonctionner sur un mode coopératif. Car ce qu’il ressort profondément de cette visite, c’est la capacité qu’ont  eu les salariés à coopérer et trouver un mode de fonctionnement qui leur soit propre. Ils partagent tous les mêmes intérêts, les mêmes objectifs. Ils partagent évidemment tous les mêmes valeurs, la même vision de la solidarité et de l’égalité face au travail. Alors certes, le modèle de société coopérative est fragile et repose sur une coopération de tous les instants. C’est un défi que nous pouvons et devons relever afin d’imaginer d’autres mode de production. Les enjeux sont de taille si nous voulons réinventer la place de l’Homme au sein de l’entreprise.
 
François Hollande a d’ailleurs bien saisi toute l’importance de soutenir ce mode d’organisation. C’est en ce sens qu’il a répondu à la sollicitation du Réseau des SCOP pour leur dire combien il désirait engager des réformes en faveur des modèles coopératifs. Ainsi, il annonçait que le rachat d’entreprises par leurs salariés pourrait représenter une solution pour éviter l’hémorragie actuelle d’entreprises. Par ailleurs, afin d'engager les changement nécessaire, dans ce même courrier, François Hollande proposait que de nouvelles dispositions soient prises rapidement dont certaines pourront être incluses, dès l’automne 2012, dans la loi de programmation du développement de l’économie sociale et solidaire. Le changement est donc bien en cours!
 
Le département continuera à s’engager pour promouvoir de nouvelles formes d’organisation, pour promouvoir l’économie sociale et solidaire et pour défendre les entreprises du territoire. L’actualité économique de ces derniers mois nous prouve que nous devons défendre une vision progressiste de l’entreprise et qu’il ne faut rien relâcher. Nos politiques, nos actes et nos actions en sont les preuves. Elles sont aux services de l’emploi, du développement durable, de l’aménagement du territoire et donc du maintien de l’Ille-et-Vilaine comme un département dynamique tourné vers ses habitants.

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