Blog personnel du président du Conseil Général d'Ille-et-Vilaine (© Copyright Jean-Louis Tourenne 2009)

Etre de ceux qui veulent voir (re)fleurir la rose pourpre du « Care »

Au delà du jeu de mot, pourquoi Martine Aubry a raison de remettre au coeur de nos choix, à la racine de nos convictions, l'attention aux autres et la responsabilité de chacun vis à vis de la communauté....

C’est le sens de l’histoire. Le capitalisme outrancier, la logique du toujours plus, la valeur travail rendue à sa plus simple mesure, l’égoïsme et au final l’individualisme méthodologique sont en fin de vie. Fin de règne devrais-je dire tant ces non-valeurs ont été érigés comme des présupposés lois normatives inéluctables. Les dominants ont hypostasié dans leur propre intérêt le libéralisme économique au point qu’aujourd’hui les classes moyennes et populaires ont accepté cette organisation sociétale comme un état de la nature. Aujourd’hui, la raison du plus riche est toujours la meilleure.

Je me réjouis donc de l’annonce fait par Martine Aubry d’ériger la théorie du « care » comme fondement du renouvellement, de reconstruction et d’orientation politique prise par le Parti socialiste. D’autant plus, que sous d’autres termes, je faisais déjà références à ces mêmes principes dès septembre 2009. J’y reviendrai.
 
L’esprit du care s’est considéré que nous sommes tous fondamentalement vulnérables. En ce sens, nous sommes tous d’une manière ou d’une autre dépendant d’autrui, non pas comme certaines mauvaises langues se plaisent à le définir, mais au sens ou nous ne pouvons nous suffire à nous même et que nous dépendons volontairement ou involontairement, consciemment ou inconsciemment, des autres, de leur disponibilité, de leur soin, ou encore de leur travail pour la satisfaction de nos différents besoins (physiologiques, émotionnels….).
Ainsi le care renvoie à une gamme plus étendue de relations complexes susceptibles d’engager une multitude d’acteurs sociaux individuels ou collectifs. La théorie du care dans ses fondements se rapproche ainsi de la notion d’amae, qui est le socle de la société japonaise. Celle-ci est en effet au cœur de leur culture et de la société japonaise, selon laquelle les notions de courtoisie, loyauté, fidélités, amitiés déterminent les relations socio-économiques. Ces principes se retrouvent d’ailleurs dans leurs politiques publiques et dans le fonctionnement même de leurs entreprises. S’inspirer de ces pratiques me semble opportun dans une époque où le règne du toujours plus et de l’argent roi sont enfin remis en cause.
  
         Depuis plus de deux ans, la crise a révélé à l’ensemble des citoyens la face cachée du capitalisme.
Certes rien de nouveau, mais en quelques mois les excès de cupidité des banques ont ébranlé un système qui boitait depuis bien longtemps. Les prises de risques inconsidérés des traders associées à un système bancaire rongés par les produits toxiques que la titrisation n’a fait qu’amplifier sont l’apogée d’un système et d’un mode de fonctionnement qu’il faut abolir. Réformer le système est une bonne chose (par exemple, il est à mon avis essentiel aujourd’hui de dissocier les banques commerciales, qui financent l’économie « réelles » des banques d’affaires afin entre autre de limiter la propagation des crises spéculatives[1][1]) mais changer les manières de faire et notre relation aux autres sont essentielles. C’est pourquoi dès 2009, je déclarais qu’il fallait impérativement changer notre rapport aux autres et aux institutions et que notre futur projet stratégique serait imprégné de cette volonté. D’ailleurs, voici quelques extraits de ce que j’ai pu déclarer :
 
"C’est là l’idéal qui est le nôtre, l’idéal d’une société où l’individu est la mesure de toutes choses, une société de progrès où chacun est acteur de sa propre émancipation et de son propre développement. Cet idéal n’est pas une exigence excessive"
 
 « Nous allons ensemble, avec tous nos partenaires, travailler à la mise en œuvre d’un nouveau contrat social départemental fondé sur une nouvelle citoyenneté, la restauration, chez chacun, du sentiment d’être le porteur d’une partie de la responsabilité du devenir de la communauté. »
 
En faisant le pari du « care », Martine Aubry ne propose pas seulement une vision politique ambitieuse mais revient aussi aux fondements même de l’idéologie du parti tout en s’inscrivant dans une logique moderne et progressiste. En s’éloignant enfin de l’utilitarisme néolibéral Martine Aubry se réapproprie les textes originaux de Polanyi à Mauss en passant par Marx lorsque ce dernier exprime son désir de justice social. En ces termes Polanyi mettait déjà en garde contre le libéralisme à outrance : « Notre thèse est que l’idée d’un marché s’ajustant lui-même était purement utopique. Une telle institution ne pouvait exister de façon suivie sans anéantir la substance humaine et naturelle de la société, sans détruire l’homme et sans transformer son milieu en désert. »
 
 
         Repenser un projet commun, voilà l’ambition du care. Ce n’est pas comme certain voudrait le laisser croire une vision passéiste ou comme je l’ai entendu une société d’assistanat. Bien au contraire ! La société du care c’est redonner à chacun sa place au sein de la société, c’est proposer un véritable contrat social ou chacun s’intéresse au sort de son voisin, de ses parents, de ses enfants, de la collectivité. C’est aussi ériger l’altruisme, la réciprocité, l’empathie comme les valeurs de bases de toutes relations. Pour aller encore plus, loin, la société du care c’est concevoir une société dans laquelle on peut imaginer imposer un revenu de subsistance décent et un plafond de rémunération pour les plus hauts revenus. L’enjeu est de taille et il suppose que chacun puisse changer son référentiel de valeur et de ne pas accepter la fatalité. Cela passe par des remises en cause de nos propres habitudes, et de nos propres croyances.
Fondamentalement nos politiques sont empreintes de cet esprit. Mais il nous faut encore insister et aller plus loin dans nos politiques pour favoriser toujours plus l’émergence de ces relations sociales. Chacun se doit d’être responsable et respectueux vis-à-vis des autres, mais aussi des institutions. Redonner un sens au mot citoyen et à la notion de citoyenneté, voilà l’enjeu fort de notre prochain projet stratégique. Chaque projet devra intégrer ces notions qui placent l’individu au cœur d’un dispositif collectif. Ainsi comme l’écrivais Goethe « Au fond, nous sommes tous des êtres collectifs. Tous nous devons recevoir et apprendre autant de ceux qui étaient avant nous que de nos contemporains »

[1][1] C’est la thèse défendue entre autre par André Orléans.

Commentaires

Fidèle?

Apparemment Fidel Castro devrait vous lire puisque lui même ne croit plus à la mythologie marxiste!

Est-ce vraiment respecter la personne que lui apporter le "soin" de manière tout à fait paternaliste? Le sens de l'histoire n'est-il pas plutôt vers une véritable autonomie des individus? Les enfants doivent grandir: c'est ça le sens de l'histoire! J'utilise volontairement une métaphore qui fait référence au corps humain. tout positiviste que vous êtes, j'imagine l'influence de l'organicisme sur votre pensé, ma métaphore devrait vous plaire! Oui, la société doit être organisé... Rousseau le disait si-bien: "On les forcera à être libre"... Allons donc imposer au monde notre conception républicaine de la manière dont la société doit être organisée: Des élites qui pensent à la place de ces moutons du peuple! Tant que ces élites prennent "soin" du peuple, est-il vraiment important qu'il soit libre!

Je pense malgré tout que l'analyse que vous donnez de la crise financière est indigne de votre intellect:

Vous oubliez d'abord que la finance est le deuxième secteur le plus régulé au monde (derrière le nucléaire). Un des exemples de régulation: Bâle II. Tous les établissements financiers soumis à Bâle II ont du vendre leurs actifs pour retrouver le bon niveau fonds propres... C'est la loi! Mais si tout le monde vend en même temps... les prix s'effondrent, d'autres actifs perdent de la valeur... et votre régulation accélère la crise par effet boule de neige!

Vous oubliez aussi d'évoquer le rôle de la FED, banque centrale des USA. Banque centrale hein, donc son monopole est protégé par l'Etat. Qui croira que les banques centrales sont indépendantes? Avec des taux directeurs hyper faibles, elle a poussé tous les agents économiques à vivre à crédit... Les bulles spéculatives, oui. Il y en a partout et toujours. De cette taille? Impossible si les Banques Centrales n'injectaient pas autant de liquidités. Rien à voir avec l'intervention du politique dans l'économie bien sur!

Vous oubliez aussi manifestement de mentionner les mesures prises par les administrations Carter et Clinton pour forcer les banques à prêter aux pauvres pour que chacun puisse vivre l'"american dream". Rien à voir avec le politique encore une fois! Et Freddy Mac et Fanny Mae n'ont pas été crées par Keynes et Roosevelt pour financer les politiques sociales bien sur! Ce n'est pas le gouvernement américain qui écrit les règles de fonctionnements de ces deux banques! Toujours rien à voir avec l'intervention du politique dans l'économie!

Vous oubliez aussi de dire qu'en 2006, le Trésor américain a re capitaliser la première toute petite banquer au bord de la faillite! Et bien sur, re capitaliser les banques, ce n'est pas du tout un signe qu'envoi le politique: Continuez vos conneries, l'Etat sera toujours là au cas ou! Si cette banque avait fait faillite, les autres auraient eu les boules et auraient dès 2006 corrigées leurs erreurs. Mais l'Etat avait besoin qu'on prête aux pauvres. L'Etat voulait que chacun puisse vivre l'american dream! Ces actifs pourris, des investisseurs privés se sont proposés de les racheter à 20% de leurs valeurs! Le tresor n'a pas voulu et a subventionné un rachat à 60% de la valeur! Le tresor... rien à voir avec l'intervention de l'Etat?

Vous savez ce que les gens ne comprennent pas? Que les Etats aient sauvés les banques! Parce que quand le boulanger du coin achète des Porches et des Ferraris au lieu de faire du pain pour ses clients, il fait faillite. Un autre vient, tire les leçons du passé. L'Etat n'intervient pas pour le sauver, et il a bien raison!

La cupidité et le mensonge, ça existait il y a deux milles ans et ça existera encore dans deux milles à moins que certains veuillent épurer la terre et envoyer tout le monde dans des goulags!
Mais la cupidité ne suffit pas à créer une crise de cette ampleur... S'il vous plait, ne faites pas comme ci le politique n'avait pas une responsabilité dans cette crise!

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édito par Jean-Louis Tourenne

Nicolas Sarkozy continue de diviser les français!

 
Dans la tête de Nicolas Sarkozy, il y a les « vrais » et les « faux » chômeurs. Sans doute comme il y a les « vrais » et les « faux » français, les fonctionnaires « courageux » et les autres « tire-au-flan », les « bons » juges et les « mauvais »… A droite toute, Sarkozy Le Diviseur sème la discorde, et s’empare de l’arme du référendum pour faire du Marine Le Pen sans le dire ! 
 
Hier, le chef de l’Etat a annoncé son souhait de s’adresser aux français afin qu’ils donnent leur opinion sur le « système d’indemnisation du chômage » et sur la façon de « considérer le travail et l’assistanat ». Ce sont ses mots ! Pour autant, il n’a pas le courage d’assumer cette proposition indécente, cynique et injuste dans son programme de candidat – non déclaré - à la prochaine élection présidentielle.
 
Quelle indécence que de préférer stigmatiser les plus pauvres pour cajoler les plus riches ! Pourquoi n'organise-t-il pas un référendum sur les dividendes, les hauts revenus, les stocks options ou sur l’impôt sur la fortune ?
 
Quel cynisme que de vouloir ajouter au traumatisme et à l’humiliation du chômage, une perte de moyens pour l’ensemble de la famille !
 
Quelle injustice que de vouloir faire payer les victimes du système, quand c’est le gouvernement qui n’est pas à la hauteur de ses obligations de création des conditions du plein emploi !
 
Et aussi, quel populisme ! Car on ne doute pas que Nicolas Sarkozy saura formuler la question de telle sorte qu’il obtienne la réponse qu’il attend. S’il demande : « les chômeurs doivent-ils continuer de toucher leurs allocations ? » ou « les chômeurs peuvent-ils refuser un emploi ? », le succès est assuré. En période de crise, l’idée que certains préfèrent rester chez eux plutôt que d’aller travailler est tenace. Et elle est alimentée par ces discours à la Wauquiez qui affichent la solidarité comme le cancer de notre société.
 
Cette annonce illustre une nouvelle fois la politique réactionnaire du chef de l’Etat, fondée sur le cynisme, la division des français et l’anéantissement des plus vulnérables. Aujourd’hui pourtant, la France n’a pas besoin d’extrémisme, mais de justice, de rassemblement et de progrès social. C’est la question essentielle du référendum de l’élection présidentielle prochaine. Les français sauront y répondre.

 

 

 

 

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