La conjugaison de plusieurs évènements interroge fortement l’élu que je suis : la crise financière, l’augmentation toujours plus forte des inégalités, les manifestations populaires, les mouvements sociaux, les forums de réflexion toujours plus nombreux, l’émergence de think tank ancrés à gauche, le désir de se retrouver ensemble pour une vision autre de la société…
Evidemment la période est difficile, l’avenir n’est pas rose, mais il semble aujourd’hui plus qu’hier qu’il est possible de proposer un nouveau modèle de développement, plus proche des considérations humaines, plus respectueuse de l’environnement, et surtout fondé sur des valeurs universelles comme
l’altruisme, la solidarité, la générosité, l'égalité des chances, la préservation des ressources de la planète. Toutefois, pour en arriver là, il est nécessaire d’accepter une remise en profondeur de nos sociétés occidentales. Nous sommes confrontés à
une crise systémique sans précédent. Elle est l’incarnation même d’un processus sociétal, d’une
doxa[1], que nous avons tous érigé comme système unique. Voire comme forme ultime du développement pour certain.
Le Capitalisme n’a pas engendré qu’une forme de relation économique, il a aussi gangréné nos habitudes jusqu’à nos
subconscients influençant ainsi nos façons de penser, notre raisonnement, même lorsque ceux-ci sont emprunts de valeur de Gauche : solidarité, défense des plus démunis et des plus faibles, …etc.
Même l'aspiration au bonheur était devenue ringarde; un bonheur compris comme une belle alchimie entre le bien être, le bien vivre, le bien inséré dans son monde et son environnement. Non le bonheur - pour que les profits puissent augmenter sans cesse - était forcément dans la consommation. Consommer en empruntant puisque le pouvoir d'achat avait baissé - pour des profits maximum. "Consommez, empruntez, le bonheur est dans le prêt."
Et c’est là que le bât blesse : comment avons-nous pu vivre aussi longtemps en acceptant qu’une partie de la population sombre à ce point dans la pauvreté, et qu’une autre partie, infime, s’enrichisse, engendrant frustrations, injustices, jalousie.
Alors, oui,
nous avons fait et faisons tout politiquement pour lutter contre ces inégalités : actions sociales ciblées, aides aux plus démunis, volonté d’effectuer une discrimination positive envers les plus pauvres…pour quelle efficacité ? Ne confortons nous pas ce système en acceptant comme
fatalité l’existence même de la pauvreté? N’avons-nous d’autres choix que de nous adapter en proposant des « patchs » à un système malade ? Le ciblage de notre action politique, comme défini dans « les théories de la justice »
de J. Rawls[2] ou plus récemment de l’auteur en vogue
A. Sen, vers les plus démunis, ne stigmatise-t-il pas deux fois les plus faibles :
une première fois en le désignant et une deuxième fois en les condamnant à l’échec dès lors que la politique étatique ultra-libérale ne produira plus de croissance, au sens de l’économie orthodoxe j’entends.
Il fut un temps,
où payer des impôts relevaient du geste républicain, citoyen. Pendant les 30 glorieuses dans notre pays, la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu était au
dessus de 60 % ! Comme quoi, ça n’a pas été un frein à l’expansion. De même, il est intéressant de donner l’exemple de ces pays dont tous les libéraux français ont pris longtemps pour modèle : l
e taux marginal de la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu a même été porté à 98% au Royaume-Uni pour financer l’effort de guerre lors de la 2ème guerre mondiale et à 91% aux Etats-Unis où il fut abaissé à 70% en 1964 par Kennedy[3].
C’est par la suite avec les administrations Reagan et Thatcher que les taux ont fortement baissé sans que les effets bénéfiques sur la croissance ne soit évidents. Et puis, en France, il est temps de rappeler, que c’est sous l’aire Fabius en 1983 que les premières baisses d’impôts significatives ont eu lieu. Pour beaucoup c’est le début de la fin de l’Etat social. Il est temps que le parti le reconnaisse et qu’il l’accepte. En cédant aux sirènes du libéralisme et à l’économie capitaliste, à la pensée dominante,
le parti socialiste s’est fourvoyé. Il est temps qu’il retrouve ses valeurs et révise sa doctrine.
Il est aujourd’hui possible de proposer un modèle sociétal et économique alternatif. Les réflexions sont multiples, le peuple est derrière nous. Ce monde que nous voulons construire peut s’appuyer sur la vision indémodable et précurseur de Marx ou encore Keynes. Les modèles économiques hétérodoxes doivent aujourd’hui inonder le débat social. Des possibilités existent, il serait dommage de s’en priver. Et il ne s’agit pas que de théories fumeuses, les règles régissant l’économie sociale et solidaire, les réflexions menées par PEKEA, association de chercheurs internationaux, sont la preuve que nous pouvons intervenir concrètement. En soutenant la création d’activités et en développant un entreprenariat qui respecte l’Humain nous nous positionnons comme un acteur essentiel au développement d’une nouvelle société : finances solidaires, reprises d’entreprises par les salariés sous forme coopérative, commerce solidaire, coordinations locales… Par ailleurs, il est temps de sortir des vieux schémas d’évaluation quantitative du bien être. En impulsant des démarches qualitatives qui tiennent comptes des particularités des territoires et des individus qui les composent. C’est pourquoi nous jugeons important de soutenir des organismes comme Pekea qui travaille entre autre sur la mise en œuvre d’indicateurs locaux de progrès sociétal et qui propose une nouvelle vision plus humaine de l’économie.
Nous ne sortirons pas durablement de la crise actuelle, nous ne préserverons pas nos richesses naturelles, nous ne pourrons vivre en paix dans le monde sans changer de modèle de développement, fondé sur la coopération plus que sur la compétition, sur la justice sociale et non sur les inégalités, sur la volonté de promotion collective et non sur l'égoïsme, la cupidité, la rapacité.
[1] P. Bourdieu a d’ailleurs souligné que “ La doxa est un point de vue particulier, le point de vue des dominants, qui se présente et s'impose comme point de vue universel; le point de vue de ceux qui dominent en dominant l'État et qui ont constitué leur point de vue en point de vue universel en faisant l'État. » (Raison Pratique, ed. Seuil, 1994). Le fonctionnement libéral (au sens économique du terme) est ainsi le point de vue des dominants (la minorité largement bénéficiaire du système) qui imposent le modèle capitalisme comme modèle ultime.
[2] J. Rawls, (1971),
A Theory of Justice, Harvard, HUP
[3] L. Hoang-Ngoc, (2007),
Vive l’impôt !, Grasset
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