Bienvenue sur le sol de l’Ille et Vilaine:
Nous sommes très fiers, honorés, et... je manque de superlatifs, en cette période troublée, particulièrement heureux de vous accueillir, vous qui venez du Monde entier pour nous proposer un autre modèle de développement fondé sur la solidarité, sur l'épanouissement des individus, sur la recherche de la meilleure vie possible pour tous les habitants d e la Planète.
Mais vous êtes venus bouleverser, encore une fois, notre schéma de pensée, notre confort intellectuel: Il faut dire que l’histoire a plusieurs fois ébranlé nos certitudes sans que nous en retenions toujours les leçons :
· Bien avant la chute du mur de Berlin plus personne n’ignorait plus ce qui se passait derrière, nous voulions continuer à croire à la société idéale dans laquelle l’homme serait au centre des préoccupations. Le mur en tombant a libéré – au moins en partie - des populations entières mais a effacé tous les espoirs des opprimés de l’occident, des militants qui dans leur cellule, dans leurs sections refaisaient le monde et s’ils se résignaient au malheur qu’ils considéraient comme provisoire, ils étaient sûrs que pour eux, ou au moins pour leurs enfants existerait, un jour prochain, une société meilleure.
· Le mur est tombé. Le libéralisme, les schémas de pensée de la classe dominante se sont imposés alors, comme la seule voie possible. Un libéralisme avec le moins de règles possibles, le moins d’Etat possible, se régulant de lui-même, créant des richesses dont tout le monde pourrait profiter : inégalement mais il était admis que chacune n’ayant pas le mêmes mérites ne pouvait revendiquer les mêmes droits. Ainsi avons-nous abandonné, progressivement, au nom du réalisme, l’idéal qui faisait de la Gauche, la dépositaire d’une autre vision de la société, une société plus juste, plus accueillante, plus intégratrice. Certains, même parmi les plus éclairés, en sont venus à intégrer cet abus de langage éhonté, ce contre-sens que représente l’amalgame entre libéralisme et liberté.
Ainsi avons-nous admis comme vérité révélée ce qui relève du postulat, de l’affirmation péremptoire jamais démontrée. Nous les avons intégrés au point de ne plus les discuter. Laissez-moi vous donner quelques exemples :
· Le travail en France a un coût trop élevé. Il faut diminuer les charges sociales et réduire la fiscalité sur les entreprises. C’est ce que la droite a fait depuis 2002 et, résultat, nous sommes à la remorque de la croissance en Europe.*
· Tous les gouvernements ont diminué les charges sociales sur les bas salaires : 1.6 fois le SMIC. Résultat: en France, la multiplication des emplois sous-qualifiés, l'appauvrissement de nos capacités à l'innovation.
· Il faut réduire les impôts et les prélèvements obligatoires : qui conteste cela ? Et pourtant ce sont les pays à la redistribution la plus élevée qui réussissent le mieux. Et la France reste l’un des pays où les investissements étrangers productifs sont les plus élevés…
· L’action à la baisse sur les salaires, la réduction du pouvoir d’achat a produit les effets que nous constatons aujourd’hui. La part des salaires dans la richesse produite n’a cessé de diminuer de 10% pendant que les fruits du capital augmentaient par l’exigence accrue des actionnaires dont l’âpreté au gain n’a d’égale que leur capacité de destruction de la planète.
· Parler de Bonheur était devenu complètement ringard, le domaine du rêve et des poètes détachés des vraies réalités. A peine évoquions-nous le bien-être, en rougissant un peu, de n’être pas dans l’air du temps, de ne pas parler performances quantitatives, productivité, profits etc…
Et la crise actuelle, l’avons-nous vu venir ?
· Bien sûr, nous avons dénoncé, condamné ce capitalisme suicidaire, pilleur de ressources, appauvrisseur de pauvres, égoïste et cynique. Avons-nous suffisamment dénoncé ce capitalisme financier, ces spéculations sans filets qui ne produisent rien, qui améliore en rien notre vivre ensemble mais n’a d’autre but de se dégager des contraintes de la production pour faire des fortunes rapides ?
· Et aurions-nous si peu appris qu’on trouve aujourd’hui, un soulagement à considérer que le capitalisme va se moraliser, revenir s’attacher à l’économie réelle comme si la recherche du profit maximum, quels qu’en soient les moyens n’induisait pas, toujours les mêmes comportements.
· Nous sommes bien, toujours dans la lutte des classes, un concept qu’on a abandonné par peur de choquer et parce que les tenants du liberalisme ont réussi à nous convaincre qu’il n’y avait plus de classes, que nous concourions tous à l’édification d’une société meilleure, plus juste, plus épanouissante. Il y a pourtant bien une classe qui cherche à s’accaparer – et y réussit – le bien commun. Prenez la suppression des droits de succession : le moyen le plus sûr d’accentuer la concentration des moyens de production, l’inégalité par excellence, des enfants qui n’ont pas plus de mérites que les autres qui héritent des fortunes érigées et qui, par la consanguinité qu’elle engendre amène à une perte de dynamisme.
Et la politique, la philosophie se sont construites autour du libéralisme échevelé, pour concourir à sa pérénnité, le renforcer, le faire admettre fatalité incontournable pour l’humanité :
· L’action sociale dans cet philosophie là n’a pas pour ambition de modifier l’ordre établi mais seulement de rendre supportable ce qui ne le serait pas sans elle. On admet les laissés pour compte comme un mal nécessaire : les handicapés, les PA, les éprouvés de la vie, ceux dont la naissance a façonné le destin par une action sociale, non pas de remise en cause de l’ordre établi, mais de replâtrage pour éviter que ça devienne trop visible et trop insupportable. Et une action sociale financée, bien sûr, par ceux qui ont le moins de moyens pour le faire. Pensez à ce fameux bouclier fiscal qui n’en est que la partie la plus émergée. Il est loin le temps de la politique de redistribution .
· La politique de l’immigration : n’obéit qu’à la seule loi du profit, la volonté piller les ressources intellectuelles et matérielles des pays tiers et durcir la répression contre ceux qui, dans des pays appauvris par nous, auraient l’outrecuidance de croire que nous leur devons quelque chose.
· Pillage des ressources, destruction de notre environnement, la guerre lorsque l’énergie risque de manquer :l’Irak, la Géorgie, l’Ukraine etc…
Merci d’avoir pris l’initiative de rassembler à travers le Monde, vos énergies, vos savoirs, vos intelligences, vos philosophies pour nous offrir de rechercher avec vous, une autre voie, vers un autre monde :
Parce que vous proposez une vision élargie du progrès qui prendrait en compte les préoccupations sociales, environnementales et économiques : le bonheur national brut, l’indicateur de développement humain, l’indicateur de santé sociale, le baromètre des inégalités et de la pauvreté (BIP 40), l’empreinte écologique… Des études récentes mettent d’ailleurs en évidence la divergence entre les indicateurs de croissance et de bien être social depuis les années 80 en France.
Au niveau des collectivités locales, la seconde vague de décentralisation, la généralisation des agendas 21 ont également fait naître de nouveaux besoins en matière d’information statistique infranationale qui permet de disposer de données fiables et cohérentes pour mieux gérer les politiques. Dans cette lignée, la Région Bretagne, Rennes Métropole et le Département d’Ille-et-Vilaine ont décidé depuis 2006 de partager leurs expériences et questionnements et de s’engager dans une démarche collective de construction d’indicateurs avec l’association Pekea
[1] qui rassemble un millier de chercheurs dans soixante pays. Elles ont été rejointes en 2007 par la Région Nord Pas-de-Calais.
Ce qui suppose de porter la vision d’un autre modèle de développement qui ne peut être fondé que :
· Sur le droit pour tout les individus de disposer des outils nécessaires à la construction de leur bien-être et de – osons le mot – de leur bonheur.
· Sur la solidarité – on ne peut construire un univers soutenable que si chacun a le sentiment de bénéficier des fruits de la croissance, si chacun quelle que soient ses origines, les circonstances de sa naissance peut bénéficier des conditions de s’accomplir, d’exprimer ses talents, satisfaire ses aspirations au bien être et au bonheur, de bénéficier d’un environnement enrichissant, sain et porteur d’avenir pour les générations futures.
· La mise en œuvre par la recherche, les technologies innovantes, de produits, matériaux et énergies renouvelables. D’où une véritable économie de la connaissance, les formation la plus élevée possible quelle que soit par ailleurs la profession choisie qu’elle soit technique ou intellectuelle.
· En créant des communautés d’énergie et de matériaux renouvelables responsables des économies à réaliser et des ressources locales à exploiter. C'est-à-dire, pour tous les habitants du territoire une nouvelle et vraie dimension de leur citoyenneté, une responsabilité de la gestion de leur territoire et de son devenir.
· Le droit pour tout un chacun de bénéficier des progrès d’une recherche renforcée, des progrès dans tous les domaines
J’ai eu l’occasion déjà de vous présenter les actions, bien modestes, eu égard aux enjeux, du Conseil Général d’Ille et Vilaine – qu’on veut supprimer avec l’idée que ce serait bien de ne voir qu’une tête - :
Il ne saurait y avoir de politique nouvelle, d’entreprise éthiques, de territoires d’expression de sa citoyenneté si les instruments de mesures utilisés sont les mêmes qu’hier, quantitatifs, financiers, budgétaires. Ce qui ne saurait être, bien entendu, totalement occulté mais nous devons évaluer nos politiques publiques, les performances des entreprises, à l’aune de l’objectif poursuivi : le droit des hommes et des femmes à leur épanouissement.
Une telle évaluation suppose une définition claire de l’idéal que nous visons, des axes politiques à mettre en œuvre, des objectifs pour, non pas atteindre l’idéal immédiatement, mais évoluer vers, avancer vers lui comme vers l’étoile qui nous guide et par conséquent exige de construire des indicateurs qui permettent de mesurer l’écart entre les objectifs et les résultats, d’infléchir, de modifier, d’élaborer d e nouvelles procédures.
Je savais bien que je ne vous dirai que des choses banales pour vous mais mon unique ambition, bien modeste - pouvait-il d’ailleurs en être autrement devant une assemblée de cette qualité - c’était d’exprimer mes convictions profondes pour un monde meilleur. A vous, puisque telle est la vocation que vous vous êtes donnée, de nous montrer le chemin.
[1] Political and Ethical Knowledge on Economic Activities - Un savoir politique et éthique sur les activités économiques. Pekea est une association devenue, depuis juillet 2006, une ONG à statut consultatif auprès du conseil économique et social de l’ONU
Commentaires
jalousie?
Dans votre monde idéal (sans bouclier fiscal et pas d'abattement sur les droits de succession), celui qui hérite d'un patrimoine immobilier paierait donc "plein pot" des droits de succession et l'ISF. En gros, l'enfant passerait deux fois à la caisse au tarif plein sous prétexte qu'il n'a pas plus de mérite que les autres. Qu'en est-il des parents? N'ont-ils eu aucun mérite à avoir pu se constituer un patrimoine? C'est plutôt dans votre soi-disant monde idéal que le dynamisme ne serait pas récompensé.
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