Sur les rythmes scolaires : choisir plutôt l’intérêt des enfants que la tranquillité des adultes


On dénie parfois à ce Gouvernement sa volonté de changement. Pourtant le nombre de polémiques en cours : le mariage pour tous, la taxe à 75%, les rythmes scolaires, l’intervention au Mali… donnent plutôt le sentiment d’une grande effervescence en matière de débat.

Celui sur les rythmes scolaires apporte son lot d’opinions diverses, respectables quand elles ne frisent pas la démagogie destinée à s’attirer les bonnes grâces d’un électorat à séduire : celui des Maires, par exemple. Démagogie et mauvaise foi, les deux présentent, il est vrai une grande parenté.

La chronobiologie régit toute vie sur terre y compris celle des plantes. Et parmi les publics les plus sensibles, celui des enfants, mérite toute notre attention. De leur bien-être, de leur réussite scolaire dépendra leur destin – notamment ceux des milieux populaires – et celui de la nation.

Comment peut-on imposer à des « gamins » de 7 ans, six heures de classe presque consécutives ?

Comment l’attention ne s’évaporerait-elle pas au cours des heures ? Comment la fatigue qui frappe tous les enfants placés dans cette situation, n’atteindrait-elle pas davantage ceux qui ont le plus d’efforts de concentration à consentir pour appréhender un vocabulaire qui, pour une part, leur est étranger, pour se glisser dans une logique qu’ils n’ont jamais pratiquée, pour maîtriser le passage à l’abstraction qui leur est peu familière ?

Grande curiosité supplémentaire : même le rythme hebdomadaire a de l’importance

Si à l’intérieur de la journée les capacités à l’attention sont fluctuantes, elles varient également au cours de la semaine. Ainsi il a été constaté que des leçons apprises le jeudi à 11 h sont mieux retenues une semaine après que des leçons apprises le lundi à la même heure. Etonnant ! non ???

Tous d’accord pour changer… mais plus tard pour certains !

Quoi qu’il en soit, je veux retenir que dans l’esprit de tous les acteurs de l’éducation, ce qui importe, c’est de placer l’enfant au centre du système éducatif. C’est ce qu’affirme, en tout cas, la très grande majorité des Maires, des Enseignants et des Parents. Tous ou presque conviennent de la nécessité de réformer les rythmes scolaires.

Oui, réformer, disent beaucoup mais pas tout de suite. Devant les difficultés qui se dressent pour la mise en œuvre, les angoisses qu’elle génère, chacun y va de sa bonne excuse pour différer ou ne pas faire : « ce n’est pas la priorité »– peut-être ! Mais est-ce une raison pour ne pas faire ? – ou « ça va générer des charges supplémentaires pour les enseignants » –c’est vrai et il conviendrait de les prendre en compte – ou « encore, nous ne sommes pas prêts, il faut attendre » – oui, mais la construction de l’enfant peut-elle attendre ?

Quant à s’interroger sur les modifications qui vont s’imposer aux associations, c’est sûrement une vraie question. Mais sommes-nous encore dans la recherche de l’intérêt de l’enfant ? Faudrait-il aller jusqu’à mesurer le manque à gagner des commerçants quand les mamans ne prendront plus leur mercredi ???

Des avantages considérables

Il me semble que, au-delà, de la complexité réelle liée au changement et à la contrainte nouvelle pour les communes, de grands progrès résulteront de cet aménagement des rythmes scolaires :

  1. Mieux se conformer aux périodes de concentration possible, introduire dans la journée des moments de libération des tensions et de l’énergie
  2. Raccourcir la journée pour tous
  3. Créer des rythmes habituels pendant 5 jours de suite, sans rupture en milieu de semaine.
  4. Engager les municipalités dans une compétence nouvelle, celle de l’éducation à l’écart duquel elles étaient soigneusement tenues jusqu’à présent. L’élaboration d’un projet éducatif territorial pour les heures libérées, c’est un bel horizon qui se dégage pour tous les enfants des communes et les élus.

Certes, comme toute réforme, celle-ci s’accompagne d’inquiétudes – d’autant que toutes les précisions n’ont pas été apportées – sur la capacité à faire, à financer, à assumer de nouvelles responsabilités. Mais le défi est exaltant. Inutile donc de l’esquiver par de fausses bonnes raisons. Le développement durable, c’est aussi et surtout l’avenir de notre société dans la cohésion.

Et je sais que les Maires, les Enseignants, attachés à la réussite de tous les enfants sauront, une fois de plus, démontrer leur capacité à l’innovation, et à la construction de projets communs.

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