Une agriculture bretillienne forte et dynamique mais qui ne nourrit plus ceux qui la servent :


J’ai assisté à la fête des agriculteurs à Bazouges la Pérouse (même si j’ai dû quitter précipitamment) et à quelques comices agricoles. Partout, j’ai pu faire le même constat :

 

  • Dans une conjoncture morose, alors que règne la désespérance, les agriculteurs d’Ille et Vilaine,  sont capables de démontrer leur savoir-faire, la maîtrise totale de leur métier, leur engagement dans une innovation permanente, l’amour qu’ils portent à la profession qu’ils ont choisie.
  • On mesure alors, en voyant les rendements, la qualité des productions,  le chemin parcouru, particulièrement en Bretagne et plus encore ici, en Ille et Vilaine depuis la loi d’orientation agricole de 1962 – D’une région en large retard, les agriculteurs, par une  formation de haut niveau, par la coopération, par l’enthousiasme et le génie de ses acteurs, ils  sont parvenus à faire la première région agricole  de France, voire d’Europe. La JAC fut pendant toute cette période, par les valeurs qu’elle défendait, la volonté de mettre en accord sa foi et ses pratiques, son volontarisme à la pointe de cette révolution pacifique qu’a connue la Bretagne.
  • Aujourd’hui, c’est ce magnifique dynamisme de l’Agriculture d’Ille et vilaine, sa vitalité  et sa jeunesse qu’illustrent les différentes manifestations qui animent, en ce mois de septembre notre territoire.  Pas étonnant que ce département reste le premier en matière d’installation, par l’investissement des organisations professionnelles, de la chambre d’Agriculture, des collectivités locales et l’exemple donné par tous ceux qui sont les organisateurs créatifs et infatigables de ces fêtes de l’Agriculture..

L’Ille et Vilaine : 1er département agricole de France

 

  • Près de 8000 agriculteurs avec un taux d’installation qui le situe à la toute première place parmi les départements de France et, en conséquence,  un rajeunissement des chefs d’exploitation (environ 45 ans)
  • Un département d’élevage avec  230 000 vaches laitières qui produisent 1 500 000 000 de litres de lait chaque année (220 000 Litres de lait par an en moyenne pour un troupeau moyen de 38 vaches)
  • 4 ème producteur de gros bovins avec une importante production en veaux.
  • 4 ème département producteur de porcs ce qui donne la mesure, aujourd’hui, de la crise à laquelle ils sont confrontés et la nécessité de trouver, vite, des solutions durables.
  • Volailles, légumes , céréales placent également  ce département dans les tous premiers départements de France.

Ces quelques indicateurs soulignent l’importance essentielle de l’Agriculture dans notre département, comme socle non délocalisable de l’industrie agroalimentaire, comme fondement de notre culture et histoire communes :

  • Parce que la vitalité de l’Ille et Vilaine s’est construite à partir du dynamisme de son agriculture
  • Parce qu’elle maille le territoire et constitue le levier le plus essentiel d’une répartition équilibrée des hommes et des activités sur tous les espaces de notre département.
  • Parce qu’elle est source importante d’emplois : soit environ 170000 emplois directs en Bretagne.
  • Parce qu’elle aide à réduire les déficits de notre balance commerciale et profite ainsi à la nation toute entière.

Les graves difficultés de l’agriculture se situent dans un moment de réforme de la PAC d’une ampleur sans précédent :

 

  • L’abandon des quotas laitiers qu’on a laissé décider avec quelque légèreté sans prendre la mesure des garanties qu’ils avaient apportées en matière de maintien des prix depuis 2004 et leur  mise en œuvre, tant critiquée, par Michel Rocard.
  • La refonte des dispositifs de paiement directs  couplés et découplés qui, certes actualise et rend plus juste mais bouleverse les situations antérieures,   par ex ;  suppression des primes aux surfaces enherbées mais augmentation importante et bien plus que compensatoire  de l’ICHN (indemnité compensatoire de handicap naturel) avec engagement du gouvernement de maintenir le pouvoir d’achat des anciens bénéficiaires de la PHAE
  • L’embargo Russe sur les productions agricoles françaises a conduit à une surproduction européenne. Et l’abandon par l’Europe des mécanismes de régulation (notamment par le stockage). Ils auraient été éminemment utiles quand la Russie prenait ses mesures de rétorsion à l’égard de l’Europe.

 

  • Une filière qui pendant des années ne s’est pas modernisée faute d’une grande politique nationale et j’entends avec effarement ceux qui hier étaient charge de la nation, qui ont laissé l’outil se dégrader, venir aujourd’hui donner des leçons. Mais foin des vaines polémiques. L’heure est au rassemblement de la France dans toutes ses composantes pour préserver une activité indispensable à la population, indispensable à notre économie, indispensable à l’occupation harmonieuse de notre territoire.
  • L’heure est au rassemblement et à l’action. Parce qu’il y a urgence : urgence à passer le cap, urgence à mettre en œuvre une politique de long terme pour une agriculture performante et rémunératrice pour ceux qui la servent.

 

Le gouvernement s’est dépensé sans compter pour atténuer les effets de la crise et assurer un meilleur avenir :

 

  • En faisant s’asseoir autour d’une même table, les producteurs, les transformateurs, les distributeurs avec des résultats déjà tangibles sur le prix d’achat mais également sur des perspectives de contrats à long terme tant avec les fournisseurs d’aliments qu’avec les transformateurs.
  • En engageant un vaste mouvement de simplification des normes et des formalités – Nous savons bien qu’il y a là des gisements d’économies et de réduction des coûts de production. Nous sommes dans un pays où les  excès de précautions, les fantasmes conduisent à freiner les progrès, les innovations, les modernisations.
  • En déployant des crédits pour favoriser le maintien du pouvoir d’achat : 3 milliards d’euros sur 3 ans. Certains peuvent trouver que c’est insuffisant mais l’important c’est de définir des objectifs clairs et efficaces, de moderniser l’ensemble de l’appareil de production, d’y mettre les moyens nécessaires.
  • Des mesures immédiates pour aider les agriculteurs à sortir la tête de l’eau :
    • Prise en charge partielle des cotisations MSA et report parfois de celles-ci comme de l’impôt sur le revenu ou de l’impôt sur les sociétés ;
    • Restructuration des dettes des agriculteurs avec garanties apportées par la BPI
    • Remise gracieuse du TFNB
    • Allégement des charges d’exploitation par la création d’un fonds spécial
    • Modernisation des abattoirs, des industries agroalimentaires,  pour réduire les coûts et retrouver de la compétitivité. Ce qu’ont fait l’Allemagne et l’Espagne avant nous.
    • Valoriser les  déchets et effluents animaux, favoriser l’autonomie énergétique des exploitations: faire une ressource de qui est aujourd’hui une charge ; un vaste plan de  méthanisation, par exemple, pour rentrer avec détermination dans la politique de transition énergétique comme s’inscrire pleinement dans les pratiques de développement durable.
    • Passer des conventions à long terme, pas seulement avec les acheteurs, les distributeurs mais également les fournisseurs d’aliments qui représentent dans certains cas  ( les éleveurs de porcs) 60% des coûts de production.
    • Remettre en place des mécanismes européens de régulation des marchés que l’ultra libéralisme ambiant a supprimé avec les conséquences que l’on connaît sur la volatilité des cours. Absorber les surproductions  par des capacités de stockage notamment. L’embargo Russe montre s’il en était besoin qu’un tel dispositif  aurait été un outil efficace au service du maintien des prix.
    • Développer des productions agroalimentaires voire médicales à haute valeur ajoutée.

J’en suis persuadé, c’est par la mobilisation de tous, professionnels, organisations, système bancaires, élus locaux et nationaux que nous assurerons le meilleur avenir à une activité économique indispensable à notre pays.

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