La réforme des collèges : la tentation de l’immobilisme


 

Le débat va bon train et, bien souvent, la passion l’emporte sur la raison. Chacun érige – de bonne foi sûrement –  en argument d’intérêt général sa propre perception de la situation actuelle et des réponses qu’il convient d’apporter. Mon propos ne dérogera sans doute pas à cette règle bien qu’ayant maintenant le recul nécessaire pour observer ces choses de façon sereine. Il va de soi qu’il ne s’agit que de l’expression d’une opinion personnelle, fruit l’expérience notamment.

Les plus belles compétences, les spécialistes les plus autorisés n’hésitent devant aucune affirmation péremptoire, devant aucune contradiction. Très peu de propositions alternatives sont formulées sauf un appel bien connu à l’augmentation des moyens, voire du croissance plus forte encore du nombre d’enseignants etc… dans une période de crise quand les finances de l’Etat sont exsangues et que des efforts méritoires ont été consentis en faveur de l’éducation.

Quelques exemples de contradictions ou d’affirmations pour le moins curieuses sous la plume de personnalités reconnues.

 

Si on n’a pas fait de latin, on ne peut réussir sa vie. Comme tout individu qui, à 40 ,ans n’aurait pas une Rollex, laisse entendre Natacha Polony, journaliste émérite s’il en est : « l’enseignement précis des langues anciennes qui seul permet de structurer pleinement la pensée… » Pas latiniste, je suis donc un handicapé de la pensée. Evidemment je suis incapable d’en juger puisque c’est avec ma propre pensée que j’apprécie la valeur de celle-ci !!!

Toujours Mme Polony : « la philosophie de cette réforme {est condamnable parce qu’elle est dans la continuité } d’un système scolaire devenu en 20 ans le plus inégalitaire au Monde » Et la journaliste conclut donc qu’il ne faut pas changer et continuer à distraire des moyens en  faveur des plus favorisés pour les classes bilangues ou des sections européennes.

Quant à Alain Bentolila, linguiste et spécialiste, il considère que le numérique condamnera les plus faibles. Quand l’opération Ordi 35 de l’Ille et Vilaine a abondamment démontré le contraire. L’informatique bien utilisée, c’est le Graal recherché depuis des années de l’individualisation de l’enseignement.

 

Peut-on s’attarder un peu sur des constats terribles pour l’avenir de notre Nation tant sur le plan de la Cohésion Sociale, du bien vivre ensemble, de la prospérité économique

 

  • La France occupe la place peu enviable de 2 ème parmi les pays industrialisés quant au déterminisme social. En termes plus clairs, ça signifie qu’un petit Français a deux fois de chances de sortir du milieu populaire dans lequel il est né qu’un petit Danois ou un petit Allemand.
  • La France ne cesse de perdre des places, au classement PISA – dont on peut toujours contester les critères – Mais on ne peut rejeter d’un  revers de main une évolution extrêmement négative, non seulement quant aux performances réalisées par les élèves en Mathématiques et en maîtrise de la langue maternelle mais plous encore en accroissement des inégalités entre les enfants appartenant aux différentes classes sociales. N’est-ce pas insupportable que ces destins tracés par les conditions de sa naissance ? N’est-ce pas la pire des injustices que cette reproduction de générations en générations des mêmes phénomènes de marginalisation ?
  • Un enfant qui redouble5 son CP ne fera jamais d’études supérieures. Redouble-t-il son CP parce qu’il aurait une intelligence déficiente ? Tout prouve le contraire mais il conviendrait de s’interroger sur les inégalités en matière de richesse du vocabulaire selon les classes.
  • Un triste constat : des fortes inégalités à la naissance. Et, pourtant, on sort de l’école plus inégaux qu’on y est entré. Et ce n’est pas la faute des enseignants. Comment faire pour atténuer les inégalités sociales quand les élèves ne disposent pas des outils indispensables pour tirer profit des enseignements qui leur sont dispensés.
  • Quelles catégories sociales surreprésentés dans les classes bilangues, dans les sections européennes. Tous dispositifs qui mobilisent des moyens importants pour favoriser ceux qui n’ont pas vraiment pas besoin d’être accompagnés au détriment de l’attention portée à ceux qui doivent pouvoir trouver dans l’école les conditions de leur promotion sociale.

Ce triste constat n’est–il pas suffisant pour exiger une réforme de fond ?

Alors pourquoi cette alliance objective et massive contre la réforme :

 

  • Sans doute parce que c’est conforme à la tradition. Toute ambition de réforme, et pas seulement de l’école, conduit à des oppositions farouches : par peur du changement, de l’inconnu, de ses propres capacités à assumer différemment des missions dont le contenu a changé….
  • Sans doute le statut multiple de nombre d’enseignants favorise-t-il la convergence des appréciations : les syndicats d’enseignants, les fédérations de parents d’élèves parce que l’enseignant sont aussi des parents attachés à la réussite de leurs propres enfants nombreux dans les structures  nobles. Il n’est pas rare que les fédérations de parents connaissent une représentation très forte d’enseignants. Munis ainsi d’une triple appartenance c’est une force qui s’exprime de façon efficace.

Il faut une révolution  parce qu’il faut une vraie volonté de changement :

 

  • Il ne suffit pas de répéter à l’envi comme le cosecrétaire général du Snes-FSU « Les enseignants du second degré inventent au quotidien, travaillent ensemble depuis longtemps avec la volonté de faire réussir tous leurs élèves ». Je peux témoigner que c’est vrai pour la plupart des enseignants. Mais ceux-là ne sont-ils pas désespérés de constater les résultats de tous les efforts qu’ils consentent ? simplement parce que le collège qui doit affronter de multiples défis :
    • Atténuer les inégalités liées à la naissance
    • Redonner confiance à un certain nombre d’élèves qui n’ont d’expérience scolaire que celle de l’échec répété, tellement répété qu’ils ont intégré profondément l’idée qu’ils sont incapables de réussir et en perdent toute estime d’eux-mêmes.
    • Affronter les mutations profondes de la puberté qui affecte les comportements, les intérêts, les aspirations, renforcent les angoisses comme les désirs de transgression. François Dolto évoquait le complexe du homard qui, dépourvu de sa carapace pour pouvoir grandir, en est fragilisé et sur qui tout fait cicatrice.
    • Que faut-il faire alors ? continuer sans rien changer, ou alors à la marge ? ou, au risque de mécontenter ceux qui reçoivent le plus, une meilleure distribution des moyens pour mieux accompagner ceux qui ont besoin de la République pour s’épanouir et surmonter les handicaps qui façonnent irrémédiablement leur destin ?

A traiter également des situations inégales, on ne fait que renforcer les inégalités. Que dire alors quand on donne plus à ceux qui ont le moins besoin ?

 

 

One thought on “La réforme des collèges : la tentation de l’immobilisme

  1. Oui disons le tout net, arrêtons cette hypocrisie actuelle.
    Oui à la mixité sociale, oui à l’émulation, oui à la reconnaissance des différences de niveau.
    L’hétérogénéité a des limites, celle qui aboutit à l’impossibilité de faire un cours profitable à tous, et qui dans les faits abandonne et décourage le lot des plus faibles, comme il impacte souvent aussi négativement ceux qui s’ennuient!
    Oui à l’accompagnement différencié, supplémentaire, pour ceux qui ne bénéficient pas d’un environnement porteur et ne reçoivent manifestement pas le soutien approprié à la maison.
    Pourquoi même garder un cursus en quatre années et non passer à douze modules de trois mois. Ceci permettant de se reprendre en ne redoublant qu’un trimestre, plus facile à accepter et plus profitable pour l’élève en difficulté……et certainement mieux que la situation actuelle qui impose le passage au bénéfice de l’âge, autre escroquerie manifeste de l’EN envers les familles défavorisées.

    ( Cet effort doit intervenir d’ailleurs dès le primaire. Â quand l’apprentissage oral de l’anglais en primaire? )

    Â quand le partage des préparations sur internet? Jusqu’à quand, chaque enseignant va t’il passer plus de temps ….(à réinventer sa matière et sa façon de l’enseigner, seul, dans son coin)…….plutôt que dans sa classe devant et …..autour de ses élèves?
    Combien de temps, allons devoir attendre avant que les ordinateurs puissent servir de correcteurs individuels, sans impatience, ni remarques bien senties, toujours bienveillants ( non, recommence….non, essaye à nouveau…etc oui bravo, continue ) pour le contrôle de l’apprentissage du cours et des exercices d’application libérant le temps du prof pour un dialogue individuel et comprendre ce qui coince chez chaque élève.

    En évitant les échecs patents et prématurés de certains, on améliorera les comportements, ceux-ci allant souvent de pair, et la société s’y retrouvera.
    Que d’habitudes à modifier. Mais pour progresser, il faut arrêter de se mentir, s’en tenir à la réalité pour agir efficacement et améliorer chacun des élèves et par contre coup, revalorisant à leurs yeux leurs enseignants.

    Oui Jack Lang …..comme JM Ayrault, tous ont participé à cette mascarade d’égalité et ont tort de s’opposer à cette clarification. Il n’y a pas que Natacha Polony, qui a moins de responsabilité qu’eux dans cette affaire.

    Pour les modifications des programmes, il faudra en savoir plus pour apprécier ( ou pas) . Pour l’histoire, quelque soit le contenu (certes les guerres et batailles ne sont pas tout, et déjà depuis longtemps ) la chronologie m’apparaît rester l’élément structurant pour l’intérêt de cette matière, en commençant comme dans un temps déjà ancien, par les civilisations dites anciennes entre le Tigre et l’Euphrate, Assyriens et Chaldéens, la Perse, la Macédoine avec Alexandre le grand, Tir, Sidon, Cartage, les Crétois, les Grecs et leurs divinités, l’Egypte et ses pharaons, les Romains…voire la Chine, les Aztèques, les Incas etc …..pour mettre une perspective notre propre histoire.

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